Combien coûte vraiment votre VAE ?

Vous venez d’acheter un vélo à assistance électrique en profitant soit de la prime à l’achat accordée par votre municipalité, soit de la prime à l’achat accordée par l’Etat. Avant de choisir celui qui convient à votre pratique et à vos trajets, vous avez visité plusieurs sites web, et essayé plusieurs modèles en magasin. On vous y aura vanté les mérites techniques du vélo, la longévité de la batterie, la puissance du moteur.

Mais vous-a-t-on averti des coûts annexes de votre nouveau VAE ? 

Les lacunes de la formation initiale.

Réparer un VAE requiert une expérience acquise au contact des marques, des modèles de vélo et des fabricants. Le secteur est encore jeune, et les instituts de formation ne se sont pas encore adaptés à l’explosion du marché. Les formations au diagnostic et au remplacement de pièces électriques sont encore lacunaires. Au passage, le diplôme a été rendu facultatif par la loi Macron. N’importe qui peut donc s’improviser vendeur et réparateur de VAE.

Acheter en grande surface sportive.

 Les VAE sont bon marché, immédiatement disponibles, et on peut amener son vélo en réparation dans n’importe quelle enseigne du réseau.
Attention cependant à la qualité du SAV. 
En grande surface sportive le/la technicien-ne va envoyer le vélo soit directement chez le fabricant soit dans un centre technique régional où la panne sera diagnostiquée et éventuellement réparée, si la pièce est disponible auprès du fournisseur. Comptez un délai de trois à cinq semaines avant de retrouver votre vélo, sans avoir des nouvelles régulières.
Les conditions de travail précaires et les mauvaises décisions techniques des services d’achat peuvent expliquer cette prise en charge défaillante des VAE.

Ce n’est en aucun cas la faute de l’employé.e. Notre employeur nous promet de nous former sur les marques que nous vendons, en pratique ce n’est jamais le cas. Nous apprenons à les vendre, mais pas à les réparer.

N’achetez un VAE en Grande Surface Sportive que si vous êtes certains que :

  • Le/La technicien-ne sait diagnostiquer les pannes électriques.
  • Le/La technicien-ne peut obtenir rapidement les pièces de rechange et faire les réparations sur place.
  • La marque du vélo a un siège social en France… ce qui est rarement le cas des VAE à 800€. Les pièces viennent de Chine. Bon courage pour les faire remplacer.

Acheter chez un détaillant.

 

En général, le technicien sera compétent. Selon son degré d’ancienneté dans l’entreprise, il a l’habitude de travailler avec les mêmes marques de VAE et connaît différentes pannes que rencontrent les VAE qu’il commercialise. Il aura également su nouer de bonnes relations avec les différents SAV des marques. Les détaillants les plus expérimentés auront même choisit les marques avec lesquelles ils travaillent non pas à cause de leurs modèles séduisants mais pour l’efficacité de leur SAV.

Réparer un VAE prend beaucoup de temps.

Vous aviez l’habitude de déposer votre vélo chez votre réparateur le matin, et de le reprendre le soir, ou au moins le lendemain ? N’espérez pas récupérer votre VAE aussi rapidement.

  • Le diagnostic électrique prend du temps,  il faut faire différents tests sur le vélo pour déterminer l’origine de la panne, surtout si vous ne disposez pas d’un modèle de dernière génération dont le diagnostic se fait par ordinateur. Ceci vous sera souvent facturé 30 à 45€, même si le vélo est sous garantie.
  • Commander la pièce défectueuse prend du temps, car il arrive souvent qu’elle soit indisponible chez le fournisseur.
  • Remplacer la pièce défectueuse prend du temps. Il faut parfois ouvrir entièrement le moteur pour accéder aux câbles électriques et c’est l’affaire de trois heures, même pour quelqu’un d’expérimenté. Il faut pouvoir caser ça dans une journée qui ne fait toujours que huit heures, en plus des autres tâches.
  • Parfois, même en remplaçant la pièce, le vélo ne fonctionne toujours pas, et il faut recommencer le diagnostic, retour à l’étape 1.

Oui, mais ça coûte combien en fait ?

J’y viens.

Dans la plupart des cas les pièces électriques sont garanties deux ans, sauf en cas de mauvaise utilisation.

La couverture varie selon les fabricants. Soyez donc vigilants. Sachez que les SAV des marques exigent de plus en plus de preuves (photos, vidéos) aux détaillants, afin de justifier la prise en garantie. Parfois, ça ne passe pas. Et c’est coûteux.

Si le magasin dans lequel vous avez acheté votre VAE a depuis mis la clé sous la porte, et que vous vous rendez chez un détaillant qui vend la même marque, il acceptera certes votre vélo sous garantie, mais vous facturera probablement la main d’oeuvre.

Voici ce que ça pourrait vous coûter, dans le cas évoqué ci dessus, et si jamais vous avez dépassé la garantie.

  • Remplacer une batterie : de 250 à 600€ selon les modèles.
  • Remplacer un driver (le “cerveau” du VAE) : 80€, et au moins 50€ de main d’oeuvre.
  • Remplacer une console LED : 40€. Pour une console haut de gamme LCD, il vous en coûtera le double.
  • Remplacer un support de console et sa connectique compliquée ? 250€, main d’oeuvre comprise.

Ne pas négliger le coût des pannes mécaniques.

Sur un VAE, la moindre petite pièce coûte cher.

Si vous avez choisi un modèle de VAE urbain très souvent équipé d’une transmission haut de gamme à vitesses dans le moyeu, comme un Nexus 7 par exemple, soyez informés qu’il vous en coûtera 150€ rien que pour le remplacement du moyeu. Les modèles à dérailleur classique sont beaucoup moins chers et plus simples à entretenir.

Une crevaison sur une roue arrière à transmission dans le moyeu ou sur une roue motrice, un équipement habituel des VAE d’entrée de gamme, vous sera aussi facturée beaucoup plus cher parce que c’est plus long à démonter.

Remplacer un garde boue dont les câbles de la dynamo passent dans le cadre fera aussi grimper le temps et le coût de la main-d’oeuvre.

Etc.

L’obsolescence programmée des anciens modèles.

Technophile, vous avez acheté un VAE en 2011. Fidèle et costaud, il vous a suivi dans vos périples, mais depuis quelques temps, l’assistance ne se déclenche plus très bien, les LED de votre console s’éteignent d’un coup, la batterie prend mal la charge et perd en autonomie…

Certaines marques arrêtent tout simplement de produire les pièces pour des vélos antérieurs à deux ans. Il vous sera donc impossible de faire réparer une panne électrique sur votre VAE. Par ailleurs, vous aurez du mal à trouver quelqu’un pour le prendre en charge, les détaillants rechignant à réparer des vélos qu’ils ne connaissent pas, pour toutes les raisons évoquées plus haut.

Même un grand constructeur comme Bosch, qui produit des consoles et des moteurs, ne fourni plus aux détaillants le système de diagnostic pour les consoles HMI (modèle 2013). Les clients sont invités à acquérir la console de nouvelle génération, pour un surcoût d’environ 200€. Oui, c’est scandaleux.

Acheter un VAE d’une marque déjà réputée pour la qualité de ses vélos sans assistance peut vous éviter ces déconvenues, à condition de rehausser votre budget initial.

Sur un VAE à 800€, on a forcement fait des économies. Cherchez la faille, vous la trouverez sur des équipements mécaniques d’entrée de gamme ou sur une connectique peu robuste.

Sinon, vous pouvez toujours le déposer dans un atelier d’auto – réparation qui vous apprendra à désosser proprement toutes les parties électriques devenues inutiles et obsolètes, pour retrouver un vélo parfaitement fonctionnel, mais sans assistance et donc… lourd.

Posez vous les bonnes questions, faites vos comptes, et réfléchissez bien. La prime à l‘achat la plus séduisante ne couvrira pas toujours tous les frais cachés engendrés par votre VAE.

Et surtout, gardez toujours un vélo à assistance musculaire de rechange.

Sur le port obligatoire du casque à vélo pour les enfants.

Avertissement : je n’ai rien contre le port du casque. Si ma clientèle souhaite s’équiper, je l’oriente vers des modèles adaptés à sa pratique. Je suis contre l’obligation, je n’en porte pas pour mes déplacements urbains et j’essaie d’expliquer pourquoi à mes clients, s’ils me posent la question.

Le 22 mars 2017, la législation française rend obligatoire le port du casque à vélo pour les enfants de moins de 12 ans, qu’ils soient passagers ou conducteurs.

La Délégation à la sécurité et à la circulation routière a relayé sur son compte twitter une campagne que personnellement, en tant que professionnelle du cycle, je trouve problématique.

D’un point de vue sémantique, le message est émotionnel.

On montre le visage mutilé d’un enfant, le “vous” s’adresse aux parents.

Cette publicité signifie : en tant que parent, VOUS êtes responsable de la sécurité à vélo de votre enfant. S’il est amoché, c’est parce que VOUS ne lui avez pas fait porter de casque. Heureusement la législation est là pour réparer VOTRE erreur de parent.

Ce que cette campagne ne mentionne pas, c’est le contexte de l’accident.

Ce que cette campagne ne mentionne pas, c’est que les automobilistes et les deux-roues motorisés se déplacent trop vite, sans prendre en compte le danger qu’ils représentent pour les autres usagers de la route.

Ce que cette campagne ne mentionne pas, c’est que le port du casque à vélo déresponsabilise le conducteur de véhicule motorisé.

Ce que cette campagne ne mentionne pas, c’est que les infrastructures cyclables ne sont pas adaptées à la circulation des enfants, des cyclistes débutants ou peu aguerris.

Cette campagne, c’est l’aboutissement d’une fine opération de fabrication du consentement à l’obligation du port du casque.

C’est le résultat du lobbying de l’industrie automobile, des compagnies d’assurance, des instituts de tests et d’homologation, qui travaillent main dans la main avec les associations de prévention routière pour imposer le port du casque, d’abord aux enfants, ensuite aux adultes, le tout au nom de la sécurité routière.

L’industrie automobile finance le vélo sportif, qui est un excellent allié des motos et voitures (il suffit d’observer une caravane du tour de France). Elle associe le vélo à des sensations extrêmes, au dépassement de soi, au danger. Les associations qui font la promotion du casque obligatoire militent indirectement pour la voiture et la privatisation de l’espace public.

L’industrie automobile combat la ville inclusive, celle qui permet aux enfants de jouer dans la rue, aux personnes âgées du voisinage de les surveiller et de socialiser, tout simplement parce que l’automobile n’y a pas sa place.

Pour reprendre l’excellent post du chroniqueur belge Zinnebike la logique de sécurité et les chiffres de l’accidentologie voudraient que, avant d’imposer le port du casque aux enfants, on l’impose aux cyclistes seniors circulant hors agglomération et surtout aux automobilistes, qui sont beaucoup plus touchés par les traumatismes crâniens.

Pour protéger nos enfants à vélo, il est nécessaire de leur permettre de circuler en toute sécurité. Les priorités des législateurs devraient donc concerner l’amélioration des infrastructures cyclables et la limitation de la vitesse des véhicules motorisés en agglomération.

Malheureusement, ajouter des contraintes sur les cyclistes avec des campagnes de publicité culpabilisantes et des textes de loi coûte moins cher que d’investir dans une politique en faveur des modes actifs.

Il est regrettable qu’un texte de loi aussi radical ait été rédigé sans se préoccuper des conséquences à long terme sur le potentiel cyclable de la génération à venir.

Le vélo comme moyen de transport est une habitude prise efficacement entre 8 et 13 ans, après, c’est plus difficile. Il y a 70 ans les enfants de 8 ans avaient un rayon d’action d’environ 10 kilomètres ; ceux d’aujourd’hui n’ont même plus le droit de traverser leur rue, alors qu’ils pourraient aller à l’école à pied ou à vélo, mettant leur cerveau en route, actifs dans leur déplacement et leur exploration de la ville.

Ces enfants casqués à partir du 22 mars sont surtout de futurs cyclistes en moins pour apaiser la ville de demain.

Pourquoi le cycloféminisme concerne tout le monde.

Imaginez un monde dans lequel vous êtes vulnérable. Imaginez un monde où vous êtes l’exception, pas la règle. Imaginez un monde où votre parole et vos actes comptent moins.

Je suis une femme. Je vis tous les jours dans ce monde là. Si vous êtes un homme, vous n’avez aucun moyen de comprendre ce que je ressens… mais vous pouvez en avoir un aperçu en montant sur un vélo et en roulant en ville.

Insultes, agressions verbales, menaces physiques sont le lot quotidien d’une femme qui circule dans la rue. Selon une étude réalisée en 2004 [Violences dans l’espace public, Florence Maillochon] 13% des femmes interrogées disent avoir été victimes de violences dans l’espace public. Une autre étude est en cours dont les résultats paraîtront en 2017, il est à craindre que ces agressions n’aient augmenté en 12 ans.

Circuler en vélo vous expose quasiment à la même violence, de la part des usagers motorisés. Ils vous mettent délibérément en danger par leur comportement sur la route, ils vous  insultent, ils vous menacent.

La ville est conçue pour les hommes et les automobilistes.

Le Journal CNRS a publié un intéressant dossier sur les études de genre dont trois articles sur l’urbanisme.  

J’ai surtout apprécié “les filles, grandes oubliées des loisirs publics”. Dans une étude menée dans l’agglomération de Bordeaux, Charline Zeitoun nous rapporte que deux fois plus de garçons que de filles utilisent les équipements culturels publics (gymnases, skate park, etc.) que les filles.

Je ne vous recommande pas forcément les deux autres car j’essaie de sourcer ce texte uniquement avec des auteures mais le géographe Yves Raibaud ne dit pas que des bêtises (même s’il s’attaque à la ville durable et aux mobilités actives, dont le vélo fait partie.) et tire une conclusion analogue : la rue est conçue pour les hommes et pour les automobilistes.

Parmi les usagers de la route, c’est en effet l’automobiliste qui est au sommet de la chaîne alimentaire. Evidemment, cette proportion varie selon la densité de circulation des villes et l’endroit où on pédale, mais même dans la presqu’île centrale de Strasbourg, réputée pour sa part modale cycliste de presque 20%, les véhicules motorisés occupent un espace qui leur est toujours largement dévolu au profit des autres usagers.

En tant que cycliste, par conséquent, non seulement vous serez donc le maillon faible si vous vous risquez dans la circulation automobile, mais surtout, on vous reprochera toujours, à vous, votre comportement. Si vous êtes renversé par un automobiliste et que vous êtes blessé, c’est de votre faute. Vous n’aviez qu’à faire attention. Vous n’aviez qu’à rester à votre place. Vous n’aviez qu’à porter un casque et gilet fluo.

Quand une femme témoigne d’une agression sexuelle dans la rue, elle recevra exactement le même genre de commentaires : pourquoi se trouvait-elle dehors à une heure pareille ? Elle n’avait qu’à faire attention. Elle n’aurait pas dû boire. Elle n’aurait pas dû rester seule. Elle n’aurait pas dû s’habiller de cette façon.

La violence envers les femmes comme celle envers les cyclistes est minimisée, rarement verbalisée, et encore moins condamnée. Un lobbyiste automobile utilise les mêmes éléments de langage qu’un masculiniste. Il suffit de lire certains comptes twitter (auquels je n’ai absolument pas envie de faire de la publicité) pour s’en rendre compte.

Le traitement médiatique de la violence conjugale a d’étranges points communs avec celle des accidents qui impliquent un véhicule motorisé et un cycliste. On y croise autant de voitures folles que de maris souffrant de passion amoureuse destructrice.

Pour ne pas s’attarder sur ce triste constat, voici quelques moyens de luttes contre le carsplaining (brillante expression anglophone trouvée ce matin sur twitter qui désigne une personne qui ne fait jamais de vélo mais qui explique la sécurité routière, à l’instar du mansplaining, dont je n’ai pas besoin de vous donner la définition.)

S’activer.

S’approprier la route en roulant entre femmes, comme le collectif des parisiennes Les Zimbes. Cherchez en un dans votre ville ou bien créez le ! Il suffit d’un groupe Facebook et de quelques femmes qui se déplacent en vélo pour former une masse critique féministe.

Afficher les comportements dangereux des automobilistes à l’aide de vidéos militantes et humoristiques comme le Youtuber 50 euros.

Au quotidien, comme des dizaines de cyclistes, témoigner à l’aide de photos sur les réseaux sociaux en interpellant les élus, les responsables des voiries, les services publics de l’incivilité des conducteurs de véhicules motorisés, en signalant les infrastructures dangereuses.

Plus largement, s’engager dans une association qui milite pour une pratique inclusive du vélo (par exemple, les ateliers d’auto-réparation du réseau l’Heureux Cyclage) ou qui réclame davantage d’infrastructures sécurisées (Le site de la Fédération des Usagers de la Bicyclette est un bon début pour trouver la plus proche de chez vous). D’ailleurs ces deux réseaux ont besoin d’adhérents (= de cotisations :-/) car le gouvernement a gelé leurs subventions 2016.

Briser le plafond de verre

À l’instar des femmes qui ne sont pas considérées comme des expertes dans leurs domaines de compétences, qui à compétences égales gagnent moins que leurs collègues masculins et qui sont de façon générales souvent supplantées par des hommes, les salarié-es qui utilisent leur vélo pour se déplacer ne sont pas pris en considération dans l’entreprise. Le vrai cycliste, c’est, à la rigueur, celui qui enfile du lycra le dimanche pour aller faire une course avec ses collègues…

Demandons des installations sanitaires pour nous doucher à l’arrivée au travail si nous en avons besoin. Faisons installer des parkings vélos sur notre lieu de travail. Proposons une flotte de vélo d’entreprise en faisant valoir les avantages fiscaux. Réclamons l’indemnité kilométrique vélo à notre employeur, pour le principe, parce qu’on y a droit.

Dégenrer

Sur un vélo, la différence entre les cyclistes ce n’est pas leur genre, c’est leur façon de rouler : conduite sportive, vélotaf, petit trajet entre le métro et la maison, balade du week-end, cyclotourisme, transport utilitaire ou familial.

Arrêtons de parler de vélo pour femme ou de vélo pour hommes. Cette qualification est sexiste car elle sous entend que les femmes ne pourraient pas rouler sur un cadre droit, et qu’un homme qui choisit un cadre ouvert n’est pas viril. Dirait-on du Velib qu’il est réservé aux femmes en raison de son cadre ouvert et de son panier avant alors qu’il est emprunté quotidiennement par des centaines d’hommes qui n’en perdent pas pour autant leurs attributs virils et qui le trouvent extrêmement pratique ?

Au lieu de donner un genre au vélo, faisons comme les allemands, et donnons des noms aux cadres : cadre ouvert, cadre droit, cadre diamant. Utilisons ces noms dans notre langage courant.

Boycottons les marques et les revendeurs qui divisent encore leurs vélos selon le genre et expliquons leur notre point de vue. N’achetons pas systématiquement de vélo rose en plastique à nos petites filles alors que les petits garçons ont droit à des vélos plus performants, plus solides et mieux équipés dans la même tranche d’âge.

Un dernier mot pour mes copains cyclistes qui se plaignent de ne pas arriver à motiver “madame” à monter sur un vélo. Foutez nous la paix. Notre corps, notre choix.

Un texte inspiré par la lecture de l’article “Ride like a girl” publié à cette adresse https://medium.com/@nkkl/ride-like-a-girl-1d5524e25d3a et de “Femme et cycliste, la double peine”http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1631499-femme-et-cycliste-sur-la-route-je-subis-une-double-peine.html

Comment je suis devenue féministe en réparant des vélos

Mon histoire commence il y a environ 5 ans. Je me déplace à vélo quotidiennement pour me rendre à mon travail, et un jour, j’ai un pépin technique qui m’empêche d’avancer. Je pousse donc la porte d’un réparateur de vélos proche de mon lieu de travail pendant ma pause déjeuner, un mécanicien fait le diagnostic, rien de grave, ça peut être résolu dans la demi heure. Je vais me chercher un sandwich et je reviens dans la boutique, je m’installe dans un coin, je sors un bouquin en attendant que mon vélo soit prêt. J’écoute sans trop faire attention les discussions des deux tenanciers du magasin dans leur atelier.

“Tiens, encore un tarif gonzesse”

Ils se marrent.

Je récupère mon vélo, un peu froissée, je paie, et je m’en vais. Je demande plus tard à mes copains cyclistes ce que c’est, le tarif gonzesse. Ils me répondent, mi embêtés, mi rigolards :

“Ha, on t’a fait le coup ?Ouais, bon, c’est un truc de bouclard, quand une jolie fille débarque avec son vélo tout cassé, on dirait un peu un chaton, alors si elle fait un sourire, on lui fait une réduction, c’est galant, c’est le tarif gonzesse. Avec un peu de bol, elle reviendra, et y’aura moyen.”

“Ouais, c’est un peu injuste le tarif gonzesse parce que nous les mecs, on paie plein pot.”“Ouais enfin nous on va pas chez les bouclards, on répare nous même.”

“Ouais. Bon, on reprend une tournée ?”

Quelque temps plus tard, victime d’une crevaison, je pousse mon vélo jusqu’aux portes de l’atelier d’autoréparation de mon quartier, dont j’avais entendu parler sans jamais osé y rentrer. J’ai été accueillie par une femme d’un certain âge, qui m’a montré comment remplacer ma chambre à air, et j’ai commencé à trouver à mon vélo un maximum de dysfonctionnement pour avoir l’excuse de revenir chaque semaine dans cet endroit, jusqu’à y bénévoler régulièrement. Je n’étais pas très dégourdie, ni très forte en mécanique, mais je me sentais bien là bas.

Avant mon départ de Strasbourg, mon père a tenu à m’offrir un nouveau vélo pour que je puisse arpenter les rues parisiennes en toute sécurité. J’avais une idée assez précise du modèle que je voulais, j’avais passé du temps à comparer différentes bicyclettes, et quand je suis entrée dans le magasin avec mon père, j’étais plutôt sûre de moi. Le vendeur de vélo ne s’est adressé qu’à mon père, en me désignant parfois par “la petite dame” “la jeune fille” “la petite demoiselle” et en essayant de me vendre un vélo très éloigné du modèle que j’avais désigné en premier lieu, et que j’avais pré-sélectionné sur Internet.

Ces deux mésaventures sont, je crois, la base de mon changement de carrière et de ma prise de conscience du sexisme ordinaire. Dans le milieu militant féministe, on appelle ça avaler la pilule bleue, en référence à Matrix. Avant, j’étais documentaliste, un métier socialement considéré comme féminin. Je n’avais pas l’impression de souffrir du sexisme, et je ne me suis pas heurtée au plafond de verre, malgré plus de douze ans passés dans la même entreprise. Mes compétences ont été reconnues par mes supérieurs masculins, j’ai été augmentée et mon poste a évolué. Les circonstances ont fait que j’ai du déménager, démissionner de mon entreprise où tout se passait bien, passer par des contrats précaires et des missions décourageantes pour finalement entreprendre de choisir un nouveau métier.

Aujourd’hui je suis technicienne cycles. Mon travail consiste à vendre et à réparer des vélos. Inutile de dire que je ne pratique jamais le tarif gonzesse, et que non seulement j’écoute sans les interrompre les femmes qui viennent acheter un vélo dans mon magasin, mais surtout, je les questionne sur leur pratique du vélo, sur leur trajet, sur leur goûts, sur leurs besoins. Je veux qu’elles me parlent de leur façon de pédaler, et qu’elles repartent avec un vélo aussi proche que possible de celui qu’elles imaginaient avant d’entrer dans mon magasin. Mais surtout, je veux que jamais elles ne se sentent illégitimes ici.

J’évolue désormais dans un environnement professionnel ouvertement sexiste : du chef d’entreprise qui m’a engagée “pour apporter un peu de féminité”, au chef d’atelier qui m’interroge sur mon orientation sexuelle, au directeur de magasin qui semble ignorer mon prénom et qui m’appelle “la miss” ou “ma belle”, aux clients qui sont toujours étonnés de voir une femme en atelier et qui me le font savoir, à ceux qui s’adressent à mes collègues qui n’ont aucune expérience en mécanique, plutôt qu’à moi, la personne pleine de cambouis avec un tablier et des outils en main, debout devant un pied en train de triturer les entrailles d’un vélo. Aux autres femmes aussi, qui me demandent comment je fais pour rester féminine malgré mon métier, qui déplorent que je puisse pas porter de robes ni de vernis à ongles, ou tout simplement qui trouvent admiraaaable que j’ai le courage de réparer des vélos.

Le cycloféminisme est un moyen de pratiquer un empowerment au quotidien, et d’imposer ma place dans ce milieu, exactement comme j’impose ma place sur la route quand je suis à vélo. C’est le sujet que j’aborderai dans un prochain article : vous avez toujours voulu savoir ce que c’était que d’être une femme ? Montez sur votre vélo.

D’ici là, à lire :

Définition du Cycloféminisme : wiki.cyclocoop.genre

Pourquoi pratiquer la mécanique en atelier non mixte https://reporterre.net/Les-ateliers-velo-antisexistes-roulent-de-mieux-en-mieux

Rouler, réparer, repartir

Il m’est arrivé hier midi une mésaventure plutôt banale mais assez désagréable : après avoir fait mes courses en Allemagne, j’ai retrouvé mon vélo affligé d’une crevaison à l’avant.

L’auscultation du pneu révèle trois punaises bien enchâssées, ce qui laisse soupçonner un acte de malveillance, soupçons confirmés quelques minutes plus tard quand je croise deux cyclistes victimes de la même avarie.

Il y a quelques mois, j’aurais poussé en grommelant mon vélo jusqu’au tramway, puis de là jusqu’à un magasin de cycles, qui l’aurait gardé une demi journée pour changer la chambre à air, moyennant une quinzaine d’euros.

Cette fois ci, j’ai poussé en grommelant mon vélo jusqu’au tramway, puis de là jusqu’à la rue Frédéric, pour que les bénévoles de la Vélostation m’apprennent comment poser des rustines, voir, si la chambre à air est trop abîmée, m’aider à la changer.

On peut s’étonner qu’après 10 ans de pratique quotidienne du vélo urbain, je ne sache pas le réparer. La plupart de ceux qui me connaissent pour ma manie de circuler à deux roues sont d’ailleurs persuadées que je suis une experte de la clé Allen.

C’est complètement faux, je n’y connais strictement rien.

En vérité, ça ne m’avait jamais intéressée jusqu’à ce que je commence à caresser l’idée de posséder un jour un beau vélo single speed que j’aurais monté moi même (beaucoup de conditionnel dans cette phrase).

La Vélostation, c’est un atelier d’auto-réparation.

Le principe est très simple : on adhère à l’association pour 27€ annuels en plein tarif, et on a un accès illimité au lieu, aux outils, mais surtout aux conseils et à l’entraide des bénévoles et des usagers.

Pour quelques euros de plus, on peut acheter sur place les pièces d’occasion pour rénover sa monture. Dans certaines associations les pièces sont gratuites, on se sert librement dans les bacs mais personnellement, je trouve normal de payer, même une somme ridiculement basse, les pièces dont j’ai besoin pour mettre mon vélo à neuf et que les bénévoles collectent à grands renforts de démontages d’épaves sur leur temps libre.

Le jour de mon adhésion au mois d’avril, alors que j’étais simplement venue prendre ma carte de membre, je suis partie 2h30 plus tard, avec un dérailleur neuf, et une roue arrière dévoilée.

J’ai fais 50% du boulot, en m’écorchant beaucoup les doigts, mais avec le sentiment du devoir accompli. J’y suis retournée la semaine suivante pour régler mes freins, dévoiler ma roue avant, et je me suis même offert une séance de démontage de tous les accessoires inutiles qui encombraient ma bécane, comme ça, tranquillou, sur mon balcon, un dimanche après midi, pour l’amour du cambouis.

Entre temps, j’ai aussi essayé de démonter une épave qui traînait dans le local à vélo de ma résidence pour récupérer le cadre et le guidon, mais j’ai un peu échoué. Pas grave.

J’ai aussi mis un mot au boulot : si vous avez des vieux vélos inutiles, donnez les moi.

J’ai envie d’avoir une petite écurie à réparer pour les offrir à mes amis ou pour m’en faire un à moi, un jour.

En fait, pour tout vous dire, j’en suis à chercher des bobos fictifs sur ma bécane pour apprendre de nouveaux trucs, parce que j’adore ça, je crois, bricoler les vélos.

Et puis surtout, je ne veux plus être cette personne un peu bête et démunie devant un pépin mécanique, qui attend passivement que quelqu’un d’autre prenne la situation en main.

Je veux pouvoir crever sur un chemin, m’en sortir et repartir à neuf, les mains sales, mais actives et compétentes.

Cohabitation piétons cyclistes à Strasbourg : le point Homme de Fer.

Il y a un moment que je n’ai pas écris ici, mais la tribune sur la cohabitation piétons cycliste publiée dans Rue 89 édition de Strasbourg me donne l’occasion de mettre mon grain de sel sur un des points noirs de la ville en terme de circulation : l’épicentre de Strasbourg, le secteur Homme de Fer / Kléber.

Cette place  est très problématique en terme de circulation, qu’on soit piéton, cycliste, usager des transports en commun ou automobiliste.

Concernant la place de l’Homme de Fer, il faut impérativement la contourner pour gagner du temps et éviter de provoquer le courroux des piétons qui ont rédigé cette Tribune accusatrice.

1/ prolonger la rue des Grandes Arcades (c’est à dire, globalement, mettre pied à terre toutes les deux secondes.)

2/ traverser la rue de la Mésange au niveau du Monoprix (aaaattention au tram !)

3/ passer dans cette petite rue étroite autorisée aux cyclistes, mais largement occupée par : des piétons (oui, vous avez le droit d’être là, mais tenez votre droite, merci, bisoux) et  les véhicules de livraison des magasins (stationner au centre ville est aussi une galère sans nom, big up les automobilistes courageux).

4/ suivre la piste cyclable de la rue Thomann, avec ce drôle de virage coudé où les automobilistes ne vous voient arriver au dernier moment (c’est l’un de ces endroits dangereux où je me suis pris une voiture de front. J’ai sauté du vélo, mais c’était trop tard pour ma roue avant).

5/ déboucher sur le quai de Paris, un peu avant Smart, où les automobilistes, tout contents d’avoir une onde verte, dépassent joyeusement les 30km/h et te klaxonnent avec fureur parce qu’ils n’ont pas remarqué que le quai était en contresens cycliste.

6/ arriver sur le pont de Paris, et là, c’est le drame. Les piétons qui vont prendre leur bus ligne 6, les cyclistes qui suivent le quai Kléber en ligne droite, le tram D qui coupe la route …

Mais quel bordel 😀

Je ne vous explique même pas la consternation pendant le marché de Noël.

Je vais me faire l’avocat du diable, mais je pense que les voies piétonnes du secteur Homme de fer / Cathédrale devraient le rester.

C’est de toute manière impossible d’y circuler à vélo efficacement, et sans déranger les piétons.

PAR CONTRE j’aimerais qu’en contrepartie, un périphérique central cycliste soit créé sur les quais suivants :

  • Quai de Paris
  • Quai Desaix
  • Quai de Turckheim
  • Quai Finckwiller
  • Quai Charles Frey
  • Quai St Nicolas
  • Quai des Bateliers.

J’aimerais aussi des points de stationnements plus nombreux aux endroits précités.

Idéalement, il faut que le cycliste puisse se garer en périphérie du centre ville (quai St Thomas par exemple) et rejoigne son lieu de rendez vous à pieds.

Ce périphérique éloignerait les cyclistes pressés du pénible îlot central, tranquilliserait les mamies, et permettrait, en outre, de gagner la gare plus rapidement.

Quand je dis aménagement je ne parle pas uniquement de marquage au sol, je parle d’un revêtement cyclable plus confortable, sans nids de poule au bord du trottoir.

Si on souhaite qu’un cycliste ne roule pas sur les trottoirs, il faut lui donner une chaussée adaptée à son véhicule, moins costaud qu’une voiture.

Pour terminer, j’ai envie de reprendre les propos de Lycelle, que je salue au passage, qui me paraissent pleins de bon sens :

« Ce n’est pas bien compliqué de cohabiter, il suffit de regarder où l’on marche. »

Que faire, sans vélo ?

On se pose souvent (dans les médias, entre cyclistes) la question du « Pourquoi faire du vélo ? » dans le sens, « Quels avantages ? » ou « Pourquoi le vélo plutôt qu’un autre moyen de transport ? » et finalement, la discussion finit par tourner en rond, déjà, parce qu’on est entre gens convaincus des bienfaits du vélo, du plaisir que la pratique nous apporte, voir, pour les plus snobs d’entre nous, de notre supériorité par rapport à l’espèce humaine en général.

Dottie, du très joli blog « Let’s go ride a bicycle » qui revient d’un passage chez son libraire super sympa, mais un peu excentré, se pose cette question, d’importance, à mon sens :

 » Is there anywhere you enjoy going, but would rarely frequent if you could not bike there ? « 

Question que j’ai envie de généraliser à :

« Qu’est ce que je ne ferais pas / pourrais pas faire si je n’avais pas de vélo ? »

Je vous laisse un peu cogiter, si vous le voulez bien, dans les commentaires.

Voici le début de ma liste, j’essaie d’inscrire des choses auxquelles je n’aurais pas pensé immédiatement.

  • Je me réabonnerai à l’AMAP : les transports en commun desservent mal le marché du samedi matin, et à pieds, chargée de paquets, même avec un caddie, la promenade serait beaucoup moins agréable qu’à vélo. Le point dépot AMAP Est à 2mn à pieds de mon lieu de travail. MAIS je paierai plus cher mes légumes cultivés localement et je me priverai de mon petit plaisir du week end.
  • Paradoxalement, je ferai d’avantage de courses dans mon quartier si j’étais obligée de me passer de vélo. A pieds, le petit supermarché de quartier est plus proche que la grande surface. MAIS ce petit supermarché est lugubre, cher, et je ne trouve pas tout ce que je cherche.
  • Encore un paradoxe, je serais moins en retard ; telle que je me connais, lorsque je suis dépendante des transports en commun pour me rendre d’un point A à un point B, à Paris par exemple, j’arrive systématiquement en avance, car je ne sais pas estimer mon temps de trajet. A vélo, je sais que ça va me prendre de 5mn à 20mn. Je pars donc au dernier moment et j’arrive souvent en retard. MAIS à vélo, si je sens le retard approcher, j’accélère. Difficile de demander conducteur du tram s’il veut bien sauter quelques arrêts.
  • Je n’habiterai pas dans mon quartier : il est terriblement excentré, la moindre sortie au centre ville, à pieds ou en transport doit s’organiser, je ne pourrais pas dire à mes amis « Ouais, à dans 10mn sur les quais » (en vélo, si, largement !) MAIS je n’habiterai pas pour autant au centre ville, je ne peux pas me le permettre. Du coup, j’exagère un peu MAIS, est ce que sans vélo, je pourrais habiter à Strasbourg même ?
  • Je ne serais pas aussi fière de mes jambes. Disons qu’elles ont toujours été là, grandes, encombrantes, mais à vélo, elles font l’essentiel du boulot, et ça se voit ! Je suis drôlement contente de mes mollets (le prochain objectif est de galber mes fesses.).

Petits cailloux : les vélos de ma vie

1984

Je l’ai trouvé sous le sapin avec une paire de baskets rouges à rayures blanches. Je le roulais avec mes petites roues sur la pénétrante une petite route de campagne protégée au bord de la nationale et dans la cour de la maison. On était toute une bande de gosses du même âge, et c’était à qui roulerait sur deux roues le premier. Je ne me souviens pas avoir gagné, mais je me souviens que, le jour où j’ai su rouler toute seule, j’étais fière. J’ai gardé mon vélo bleu Goodfried jusqu’à ce que je grandisse trop.

1987

Déménagement, premier vélo de grande. Blanc, des pneus tous fins, fin, féminin, un bel oiseau cantonné dans mes souvenirs aux limites de la maison, parce que la route départementale était dangereuse. Et puis, ma foi, c’était le temps de l’école à pieds.

Années 90.

Une succession de VTT anonymes et fluos.

Déjà, la monture nécessaire pour aller de village en village pour rameuter les copains et faire une rando barbecue au sommet de la Gosse. Le challenge ultime était de grimper jusqu’à la station de ski de fonds en souffrant mille morts et de descendre en cascadant dans la forêt. Gros souvenirs de tendinites, causées par les vibrations qui se répercutaient des mains crispées sur le guidon aux épaules. Curieusement, aucun accident à déplorer, on était téméraires, mais prudents.

2000

Lasse des transports en communs pour aller à la fac, je demande à mon père de me retaper le vélo de course de mon grand père paternel, vélo jugé moche et donc moins attirant pour les supposés délinquants de la grande ville. Un peu frileuse au début, je ne l’utilise que par beau temps, mais je deviens rapidement accro.

Dans mon souvenir, c’est une épave, il freine mal, il n’a aucune lumière, les pneus crèvent sans arrêt, mais c’est mon vélo, on est en train de devenir copains. Je regrette beaucoup de ne pas l’avoir gardé aujourd’hui.

2002

Premier CDI, Je revends le vélo du grand père (idiote !) et j’investit une petite fortune dans un VTC de compétition qui va me servir à aller travailler tous les jours, par tous les temps.

Je ne m’en rends pas encore compte, mais je fais partie de ces gens encore farfelus à cette époque qui choisissent de ne se déplacer qu’à bicyclette.

Sans en faire un acte militant, je trouve ça parfaitement normal : j’ai toujours détesté marcher, je déteste encore plus les transports en commun, et mon appartement n’est qu’à 10mn de mon lieu de travail, il serait ridicule de ne pas y aller en vélo.

2007

Je comprends que le vélo est indispensable à ma vie pendant les trois longs mois de convalescence après mon opération du ménisque. Je n’ai pas eus mal, la rééducation s’est faite correctement, j’ai retrouvé toute ma mobilité, mais j’étais complètement déprimée de ne pas pouvoir pédaler.

Durant ces 5 dernières années, non seulement j’ai parcouru en long et en large ma ville du haut de ma selle, mais en plus, je crois que c’est ainsi que j’ai appris à l’aimer. J’ai acheté deux autres vélos pour faire encore plus de kilomètres, encore plus loin, encore plus longtemps.

Je déménage encore, je manque de place dans mon petit appartement, il faut me séparer d’une monture, ça me brise le coeur à chaque fois.

2009

Cette année a été rude, je fais plus de 60 kms par semaine pour me transporter d’un campus à un lieu de stage, j’ai perdu dix kilos, mais la vélothérapie est bien là, ces trajets sont mes sas de décompression avant d’entamer des journées où je dois rester concentrée en permanence et donner le meilleur de moi même.

Sur mon vélo, je me sens libre. Je commence à accoupler systématiquement musique et vélo, ça me semble aller de pair.

Au début de l’été, je fête mon diplôme et on me vole cette vieille monture épuisée. Nouveau départ, nouveau VTC.

Maintenant, pas mal de gens m’associent au vélo. Je convertis les copains, les copines, je photographie les vélos qui me plaisent. Un petit résobike se crée autour de moi et ça me plait drôlement.

2012

J’ai de plus en plus d’accidents. Mon vélo a pas mal morflé l’année dernière, et moi aussi.

J’étais une cycliste jusqu’ici plutôt sereine, plutôt heureuse, plutôt peinarde. Je le suis toujours, mais depuis quelques mois, ce n’est plus un simple moyen de transport pratique pour moi, c’est dans mes jambes, c’est dans ma tête. Parfois quand je suis sur mon vélo, j’ai l’impression qu’il obéit comme un cheval à la moindre pression de mes muscles. On ne fait qu’un, on a confiance l’un en l’autre, on est solides tous les deux.

Résultat : quand on fait du mal à mon vélo, c’est moi qui souffre et qui pleure. Quand on m’empêche de passer, quand on remet en cause mon droit à circuler à deux roues, c’est moi qu’on agresse et je rends coup pour coup.

Je ne crois pas que ma façon de pédaler soit en cause, car j’ai dix ans d’expérience à la circulation urbaine, et les risques que je prends sont calculés. Je roule bien et de manière efficace. Et ces connes de bagnoles sont folles de rage.

Je crois que je deviens vélorutionnaire.

2017

Incroyable.

Le vélo n’est plus seulement mon moyen de transport, c’est devenu mon métier ! L’année dernière, j’ai changé de braquet, et j’ai décidé de devenir mécanicienne cycles. Je répare des vélos ! Je suis payée pour faire ça ! Chaque matin quand je me réveille je me dis que je fais un métier formidable.

Que de chemin parcouru à deux roues en 20 ans. Mon vélo il était à petites roues, puis VTT pour rouler avec les copains à la montagne, puis utilitaire urbain pour faire mes courses, puis VTC pour partir en vacances, il a prit le TGV pour venir avec moi à la capitale, il a changé de propriétaire, il est devenu mince, monovitesse et fragile, il est même à assistance électrique ! Aujourd’hui on fait 600kms par mois ensemble.

Je pense déjà à mon prochain vélo. À celui que j’aurai dans deux mois, dans cinq ans, dans dix ans… Aux endroits où il va m’emmener. Aux gens que je vais rencontrer auprès de ma selle.

L’aventure continue.

Winter is coming : soyez lumineux à vélo

Hier soir en me rendant à ma leçon hebdomadaire de guitare dans un quartier far far away, je suis passée au travers de plusieurs contrôles de la police municipale au centre ville (à Rivétoile, place d’Austerlitz, place du Corbeau et à l’entrée de la rue des grandes Arcades).

Les gardiens de la paix effectuaient une large opération de prévention et de contrôle des éclairages des cyclistes.

Je n’ai pas pris le temps de noter s’ils distribuaient des amendes aux vélos aveugles, et j’ai quand même averti d’un tweet rapide les cyclistes strasbourgeois de ma timeline en leur recommandant de vérifier leurs lumières avant de sortir.

En effet, si je désapprouve le déploiement spécifique d’au moins 25 policiers pour une telle opération « coups de frein » (ne seraient ils pas plus utiles ailleurs, par exemple, à la verbalisation du stationnement sauvage des automobilistes qui se garent sur les pistes cyclables ?)  je suis en revanche parfaitement d’accord avec la nécessité de contrôler les équipements des vélos et de verbaliser les cyclistes qui choisissent de rouler sans lumières.

Aucune excuse : il est relativement peu couteux et simple de rendre son vélo visible la nuit. Démonstration.

Ce n’est pas la peur du gendarme qui doit vous obliger à vous équiper, c’est la peur de se prendre le capot d’une voiture.

  • La bonne vieille dynamo

Si vous avez la chance d’avoir un vélo équipé d’une dynamo en état de marche, il serait vraiment stupide de ne pas penser à l’enclencher avant de sortir la nuit. La dynamo va certes vous ralentir, mais, honnêtement, c’est la solution la moins coûteuse et la plus écologique.

Toutefois, par expérience, les dynamos solides deviennent de plus en plus rares, surtout sur les vélos VTC ou ville fabriqués en série et vendus à bas prix dans les magasins de sport. Les miennes ont toujours rendu l’âme au bout de quelques mois : fils arrachés, ampoules qui claquent, etc…

Pensez donc à faire vérifier le bon fonctionnement de votre dynamo chez Vélostation ou Bretz’selle dont vous trouverez les adresses ci contre, ou chez votre marchand de cycle habituel.

Si elle ne fonctionne plus, sacrifiez là sans état d’âmes et remplacez la par des lumières amovibles.

Mon père, gendarme de son état, déconseille la dynamo, mais sur mon vélo Stéphanie, elle est impecc, donc je ne vois pas pourquoi je l’enlèverais (mauvaise fille !).

  • Les lumières amovibles

Je précise que tous ces luminaires sont légaux et homologués par les forces de l’ordre (pour l’anecdote, l’hiver dernier, les policiers municipaux m’ont arrêtée non pas pour me verbaliser mais pour me demander où j’avais acheté mes lumières, parce qu’ils les trouvaient très efficaces).

On les trouve en magasin de sport ou évidemment en magasin de cycles (penser à comparer les prix, ce n’est pas parce que vous achetez vos lumières dans un magasin de fixie branché qu’elles seront plus efficaces : la marque Chok, très bobo, est aussi distribuée chez Go Sport 😉 ).

Les kits avant / arrière à fixer sur le cadre.

Je n’aime pas tellement ce système :

  • très énergivore, même en utilisant des piles rechargeables.
  • craint l’humidité (tombe en panne à la première rosée).
  • pas très discrets, gros risque de vol si on oublie de les ôter du vélo.
  • système de fixation peu pratique (pour la lumière avant, si un panier est déjà fixé sur le guidon, on doit fixer la lumière sur la roue avant, même problème si le porte bagage est équipé d’une siège enfant.)
  • Prix et qualité très variables (j’ai acheté un kit en Allemagne à 5€, un autre kit à 29€, la durée de vie est tout aussi médiocre).

Reste que ces lumières sont particulièrement puissantes : vous pouvez éblouir un automobiliste, qui va se croire flashé par un radar alors qu’il circule à 20km/h dans les bouchons, vous pouvez retrouver votre chemin dans la ruelle pénible où se trouve votre garage à vélo, vous pouvez les utiliser comme frontale pour retrouver vos clés, etc etc etc. peut être que ça vaut l’investissement, après tout.

Les diodes électroluminescentes

L’investissement de départ est assez variable : de 19.99€ pour le kit avant arrière de Chok chez Go Sport ou 6.99€ l’unité chez Decathlon, marque B-Twin.

Le principe est le suivant : deux modes, un fixe, un clignotant, un gros élastique, et on accroche la diode où on veut. J’ai mis les mienne à la selle et sur la roue avant. Elles résistent bien aux intempéries, elles sont rapides à enlever et peu encombrantes (j’accroche les miennes à mon porte clés pour être certaine de ne jamais les oublier).

Deux inconvénients majeurs :

  • la pile bouton est chère ! 14€ pour remplacer les deux diodes, soit quasiment le prix d’achat ! Attention aux pièges, ne l’achetez pas dans la bijouterie prout prout de la place machin, on va vous faire payer le double et vous facturer la pose. Achetez la en hypermarché, au rayon multimédia. Evitez aussi de perdre le micro tournevis fourni avec le kit, sous peine de ne plus pouvoir accéder au compartiment et de devoir, donc, aller en bijouterie.
  • L’élastique ne résiste pas plus d’une saison ! il finit par se briser net, rendant la diode inutilisable (vous pouvez toujours récupérer la pile) (soupir).

Ce système de fixation développé par Knog est bien meilleur, avec tous les avantages de la diode mais évidemment c’est un peu plus cher, compter 35€ en moyenne. Guillaume vous recommande le modèle Gekko.

  • Les petits accessoires additionnels

ATTENTION : ils ne remplacent en aucun cas un bon éclairage, mais s’avèrent pratiques pour augmenter votre visibilité.

  • Deux paires de catadioptres sur les roues. Oui, c’est moche, ça va pourrir tes roues customisées, mais c’est obligatoire.
  • Idem sur les pédales.
  • Le fameux et très très laid gilet jaune : écoutez je sais, c’est chiant, mais roulez le sous la selle, et sortez le en cas de contrôle de police, souvenez vous qu’il n’est pas obligatoire en agglomération. Sinon vous pouvez toujours en acheter un et le mettre en scène en photo pour l’envoyer à Cali Rezo.
  • Des brassards réfléchissants (certaines associations cyclistes en distribuent gratuitement, renseignez vous).

Voilà. Si avec ça vous avez encore la mauvaise foi de rouler dans le noir, je vous souhaite une amende de 1ère classe de 11€.

Pour plus d’informations, consulter cette page sur le code de la route et les verbalisations applicables aux cyclistes. Source : Vélomobilité, mieux se déplacer en Île de France.

! Rien à voir ! Message Personnel !

Merci à Vincent de Strasbourg Cycle Chic pour l’échange de lien !

C’est terriblement 2001 les échanges de lien sur les blogs, j’adore !

J’ai des cache oreilles léopard et des collants rouges ! Mon vélo est très moche ! Venez me prendre en photo !

Pourquoi se (re)mettre au vélo (oui, pourquoi ?)

Il y avait au départ un article de 20 minutes, qui part d’une bonne intention, donner aux lecteurs 5 bonnes raisons de se remettre au vélo.

Le texte est concis, rédigé en style direct et compréhensible de lecteur moyen du quotidien gratuit, hormis le dernier argument, un peu bancal, selon moi :

5. Le vélo c’est tendance
Et bien oui, il faut bien l’avouer : un objet qui attire autant de convoitise, c’est forcément tendance. Avec environ 400.000 vols de vélos par an, la petite reine est même sacrément tendance. Mais que cela ne vous refroidisse pas, le vol n’est pas une fatalité : il existe désormais des méthodes de marquage efficaces. Très utilisés au Danemark et en Allemagne, ils permettraient de retrouver son bien dans 40% des cas.

L’usager des transports en communs déjà frileux à l’idée de se lancer sur les pistes cyclables parisiennes, qui lit ce paragraphe dans le métro, va surtout retenir l’information « vol de vélo » et va probablement renouveler son Pass Navigo.

Je me disais déjà, c’est dommage, et c’est alors que j’ai lu les commentaires.

La prétention des fanatiques de la pédale à imposer leurs fantasmes à la planète entière est intolérable.
Non seulement ils font bon marché des vieux, des malades, des handicapés et autres personnes à qui leur situation interdit le vélo, mais en outre leur comportement permanent démontre leur mépris absolu des lois et règlements, c’est à dire du droit d’autrui.

On frôle le point Godwin.

Si 50% des trajets font moins de 2 kilomètres, une paire de chaussures devrait suffire. D’autant plus qu’un parapluie à vélo c’est difficile à tenir.

Voilà quelqu’un qui ne doit pas sortir beaucoup de sa voiture.

Et ça continue pendant des lignes entières.

J’avais démarré cette note en mode Bersek, avec l’envie de rouler sur la chair à vif de ces gens, plusieurs fois, en les saupoudrant de sel.

Finalement j’ai juste envie de le terminer en mode licorne & bisounours.

S’ils sont aussi aigris et vindicatifs, c’est parce qu’ils ne font pas de vélo.

Mes 5 bonnes raisons de se (re)mettre au vélo.

Ce sont les miennes, elles ne sont pas universelles.

Je n’envisage même pas l’automobile dans mon comparatif,  c’est complètement disproportionné, il faudrait que j’achète une voiture, que je l’assure, que je lui donne du carburant, mon dieu, je ne suis pas assez riche.

C’est le transport le moins couteux.

Un abonnement de transport urbain me coûterait 540€ par an, prime employeur déduite.

Je pourrais également aller au boulot à pieds, mais alors, je doublerais mon budget chaussures, cf point suivant.

L’entretien de mon vélo doit me coûter 150 à 200€ par an, parce que je confies les bobos à un marchand de cycles et encore, si j’étais moins paresseuse, je pourrais très bien apprendre à le réparer moi même.

C’est le moyen de transport le plus rapide

En Tramway : 5mn de marche jusqu’à la station / 15 mn de trajet.

A pieds : un peu plus d’une demi heure.

En vélo : 10 mn en traçant bien, mais en moyenne je dirais environ 15mn.

C’est le moyen de transport le plus agréable et le plus confortable.

Dans le tramway, il y a de la promiscuité, même si « ma » ligne n’est pas trop bondée. Je me sens dépendante des horaires, des problèmes de circulation…

A pieds, ho la vache, déjà, c’est long, ensuite paradoxalement, comme je l’ai déjà expliqué dans mon article sur les fanfreluches à vélo, pédaler me permet de porter des chaussures avec lesquelles je ne pourrai pas faire 100m sans souffrir atrocement.

Ai je besoin de vous expliquer combien je suis à l’aise à vélo ? Cette exquise sensation de liberté et de puissance ?

C’est le moyen de transport le plus social

Je croise beaucoup d’autres cyclistes sur mon trajet.

Alors bon, faut pas rêver, la vie c’est pas comme dans une publicité on n’est pas tous en train de taper la discute ensemble avec nonchalance à chaque feu rouge.

Par contre, les signes de connivence, les regards complices, les sourires amicaux sont légions entre habitués du même tronçon de voie cyclable. Et parfois, effectivement, je m’enhardis et je lance un bonjour à la volée. Et parfois on me le rend.

Je fais même des signes aux automobilistes, des signes gentils je veux dire. Je prends toujours le temps de formuler un « merci » quand on me cède le passage, avec un grand sourire, au minimum un geste de la main.

Je fais des clins d’œil aux piétons, j’admire tout haut les filles et les garçons.

Je n’ai jamais dis bonjour, coucou ou sourit à un autre passager du tramway (les transports en commun sont des endroits où l’on baisse les yeux) ou à un piéton inconnu sous prétexte que nous marchons ensemble sur le trottoir.

Et enfin, mais ça c’est très personnel, c’est le moyen de transport le plus esthétique.

J’adore les vélos, je trouve que ce sont de beaux objets, racés, élégants, profilés, ronds, ça me rend toute poétique et j’ai parfois de grosses crises d’enthousiasme quand je vois un vélo particulièrement chic ou insolite.

Une voiture, un bus, ou une paire de pieds me mettent rarement dans un état d’admiration.