Combien coûte vraiment votre VAE ?

Vous venez d’acheter un vélo à assistance électrique en profitant soit de la prime à l’achat accordée par votre municipalité, soit de la prime à l’achat accordée par l’Etat. Avant de choisir celui qui convient à votre pratique et à vos trajets, vous avez visité plusieurs sites web, et essayé plusieurs modèles en magasin. On vous y aura vanté les mérites techniques du vélo, la longévité de la batterie, la puissance du moteur.

Mais vous-a-t-on averti des coûts annexes de votre nouveau VAE ? 

Les lacunes de la formation initiale.

Réparer un VAE requiert une expérience acquise au contact des marques, des modèles de vélo et des fabricants. Le secteur est encore jeune, et les instituts de formation ne se sont pas encore adaptés à l’explosion du marché. Les formations au diagnostic et au remplacement de pièces électriques sont encore lacunaires. Au passage, le diplôme a été rendu facultatif par la loi Macron. N’importe qui peut donc s’improviser vendeur et réparateur de VAE.

Acheter en grande surface sportive.

 Les VAE sont bon marché, immédiatement disponibles, et on peut amener son vélo en réparation dans n’importe quelle enseigne du réseau.
Attention cependant à la qualité du SAV. 
En grande surface sportive le/la technicien-ne va envoyer le vélo soit directement chez le fabricant soit dans un centre technique régional où la panne sera diagnostiquée et éventuellement réparée, si la pièce est disponible auprès du fournisseur. Comptez un délai de trois à cinq semaines avant de retrouver votre vélo, sans avoir des nouvelles régulières.
Les conditions de travail précaires et les mauvaises décisions techniques des services d’achat peuvent expliquer cette prise en charge défaillante des VAE.

Ce n’est en aucun cas la faute de l’employé.e. Notre employeur nous promet de nous former sur les marques que nous vendons, en pratique ce n’est jamais le cas. Nous apprenons à les vendre, mais pas à les réparer.

N’achetez un VAE en Grande Surface Sportive que si vous êtes certains que :

  • Le/La technicien-ne sait diagnostiquer les pannes électriques.
  • Le/La technicien-ne peut obtenir rapidement les pièces de rechange et faire les réparations sur place.
  • La marque du vélo a un siège social en France… ce qui est rarement le cas des VAE à 800€. Les pièces viennent de Chine. Bon courage pour les faire remplacer.

Acheter chez un détaillant.

 

En général, le technicien sera compétent. Selon son degré d’ancienneté dans l’entreprise, il a l’habitude de travailler avec les mêmes marques de VAE et connaît différentes pannes que rencontrent les VAE qu’il commercialise. Il aura également su nouer de bonnes relations avec les différents SAV des marques. Les détaillants les plus expérimentés auront même choisit les marques avec lesquelles ils travaillent non pas à cause de leurs modèles séduisants mais pour l’efficacité de leur SAV.

Réparer un VAE prend beaucoup de temps.

Vous aviez l’habitude de déposer votre vélo chez votre réparateur le matin, et de le reprendre le soir, ou au moins le lendemain ? N’espérez pas récupérer votre VAE aussi rapidement.

  • Le diagnostic électrique prend du temps,  il faut faire différents tests sur le vélo pour déterminer l’origine de la panne, surtout si vous ne disposez pas d’un modèle de dernière génération dont le diagnostic se fait par ordinateur. Ceci vous sera souvent facturé 30 à 45€, même si le vélo est sous garantie.
  • Commander la pièce défectueuse prend du temps, car il arrive souvent qu’elle soit indisponible chez le fournisseur.
  • Remplacer la pièce défectueuse prend du temps. Il faut parfois ouvrir entièrement le moteur pour accéder aux câbles électriques et c’est l’affaire de trois heures, même pour quelqu’un d’expérimenté. Il faut pouvoir caser ça dans une journée qui ne fait toujours que huit heures, en plus des autres tâches.
  • Parfois, même en remplaçant la pièce, le vélo ne fonctionne toujours pas, et il faut recommencer le diagnostic, retour à l’étape 1.

Oui, mais ça coûte combien en fait ?

J’y viens.

Dans la plupart des cas les pièces électriques sont garanties deux ans, sauf en cas de mauvaise utilisation.

La couverture varie selon les fabricants. Soyez donc vigilants. Sachez que les SAV des marques exigent de plus en plus de preuves (photos, vidéos) aux détaillants, afin de justifier la prise en garantie. Parfois, ça ne passe pas. Et c’est coûteux.

Si le magasin dans lequel vous avez acheté votre VAE a depuis mis la clé sous la porte, et que vous vous rendez chez un détaillant qui vend la même marque, il acceptera certes votre vélo sous garantie, mais vous facturera probablement la main d’oeuvre.

Voici ce que ça pourrait vous coûter, dans le cas évoqué ci dessus, et si jamais vous avez dépassé la garantie.

  • Remplacer une batterie : de 250 à 600€ selon les modèles.
  • Remplacer un driver (le “cerveau” du VAE) : 80€, et au moins 50€ de main d’oeuvre.
  • Remplacer une console LED : 40€. Pour une console haut de gamme LCD, il vous en coûtera le double.
  • Remplacer un support de console et sa connectique compliquée ? 250€, main d’oeuvre comprise.

Ne pas négliger le coût des pannes mécaniques.

Sur un VAE, la moindre petite pièce coûte cher.

Si vous avez choisi un modèle de VAE urbain très souvent équipé d’une transmission haut de gamme à vitesses dans le moyeu, comme un Nexus 7 par exemple, soyez informés qu’il vous en coûtera 150€ rien que pour le remplacement du moyeu. Les modèles à dérailleur classique sont beaucoup moins chers et plus simples à entretenir.

Une crevaison sur une roue arrière à transmission dans le moyeu ou sur une roue motrice, un équipement habituel des VAE d’entrée de gamme, vous sera aussi facturée beaucoup plus cher parce que c’est plus long à démonter.

Remplacer un garde boue dont les câbles de la dynamo passent dans le cadre fera aussi grimper le temps et le coût de la main-d’oeuvre.

Etc.

L’obsolescence programmée des anciens modèles.

Technophile, vous avez acheté un VAE en 2011. Fidèle et costaud, il vous a suivi dans vos périples, mais depuis quelques temps, l’assistance ne se déclenche plus très bien, les LED de votre console s’éteignent d’un coup, la batterie prend mal la charge et perd en autonomie…

Certaines marques arrêtent tout simplement de produire les pièces pour des vélos antérieurs à deux ans. Il vous sera donc impossible de faire réparer une panne électrique sur votre VAE. Par ailleurs, vous aurez du mal à trouver quelqu’un pour le prendre en charge, les détaillants rechignant à réparer des vélos qu’ils ne connaissent pas, pour toutes les raisons évoquées plus haut.

Même un grand constructeur comme Bosch, qui produit des consoles et des moteurs, ne fourni plus aux détaillants le système de diagnostic pour les consoles HMI (modèle 2013). Les clients sont invités à acquérir la console de nouvelle génération, pour un surcoût d’environ 200€. Oui, c’est scandaleux.

Acheter un VAE d’une marque déjà réputée pour la qualité de ses vélos sans assistance peut vous éviter ces déconvenues, à condition de rehausser votre budget initial.

Sur un VAE à 800€, on a forcement fait des économies. Cherchez la faille, vous la trouverez sur des équipements mécaniques d’entrée de gamme ou sur une connectique peu robuste.

Sinon, vous pouvez toujours le déposer dans un atelier d’auto – réparation qui vous apprendra à désosser proprement toutes les parties électriques devenues inutiles et obsolètes, pour retrouver un vélo parfaitement fonctionnel, mais sans assistance et donc… lourd.

Posez vous les bonnes questions, faites vos comptes, et réfléchissez bien. La prime à l‘achat la plus séduisante ne couvrira pas toujours tous les frais cachés engendrés par votre VAE.

Et surtout, gardez toujours un vélo à assistance musculaire de rechange.