Überisation dans les métiers du cycle : état des lieux et solutions, l’intro.

Juin 2016.

Je suis salariée en contrat professionnel dans une entreprise qui vend et répare des VAE et qui rénove des vélos d’occasion. Je m’y plais beaucoup, mais le patron n’a pas les moyens de me garder comme employée à plein temps après l’obtention de mon diplôme, je commence donc à chercher du boulot.

Une annonce retient mon attention : une entreprise récente, dynamique, à taille humaine, cherche des mécaniciens diplômés pour faire de la réparation itinérante en CDD ou CDI. Amusée et intriguée, j’obtiens un RDV après avoir envoyé un CV et une lettre de motivation rigolote rédigée dans un pur esprit start up où j’indique que les dérailleurs avant et les vitesses à moyeu intégrés sont ma nemesis.

Je suis reçue dans une agréable cour intérieure au centre de Paris, par un trentenaire, qui m’explique avec gentillesse que pour le moment, et contrairement à ce qui était indiqué dans l’annonce, ils n’ont pas les ressources nécessaires pour engager des mécaniciens en CDD/CDI, mais que leurs mécaniciens sont en réalité des prestataires au statut auto entrepreneurs.

Je lui demande s’il est possible de facturer les prestations en étant membre d’une société coopérative de production, moyennant une hausse des tarifs de 10% (les 10% qu’une coopérative prélève sur les revenus de ses salariés pour financer l’ensemble des services administratifs qu’elle leur propose), il me regarde comme si j’avais dis une grossièreté. Je mets fin à l’entretien en souriant, mais je ne donne pas suite.

Je repars néanmoins avec une préoccupation sourde dans le coin de ma tête, qui ne fait que se confirmer face à l’actualité de ces derniers mois : le métier de mécanicien cycles serait-il en train de subir une uberisation galopante ?

J’ai décidé de m’informer. J’ai collecté pendant plusieurs mois des articles sur le métier de livreur à vélo, puisque c’est le secteur le plus concerné par l’uberisation, je suis allée voir le spectacle de Danielle Simonnet pour comprendre comment les élus pouvaient agir au niveau local à ce sujet. J’ai vu le président de la startup nation se faire élire aussi facilement et rapidement qu’une commande de nourriture passée sur une application mobile.

Et puis j’ai décidé de compiler tout ce que j’avais vu, lu, écouté dans un article. Mon but était tout d’abord égoïste : je suis inquiète pour ma profession et pour mes droits de travailleuse. Et puis je me suis souvenue qu’avant d’être mécanicienne, j’étais documentaliste dans une association et que mon travail consistait à proposer aux consommateurs et aux entreprises des alternatives sociales, solidaires, meilleures pour les hommes et pour l’environnement, à la grande distribution. J’ai vraiment aimé ce travail, j’avais le sentiment de faire quelque chose de juste et je voyais les résultats de mes efforts se concrétiser rapidement.

Ce que vous allez lire est la convergence de mes deux métiers. Je vais commencer par vous rappeler en quoi consiste le statut d’auto entrepreneur, et pourquoi c’est un piège pour les forcats du bitume qui sont rémunérés sous ce statut, en prenant pour exemple le désormais célèbre cas Deliveroo.

J’expliquerai ensuite pourquoi les startups y ont recours, avec la complicité de l’une d’entre elles qui a joué le jeu de la transparence et qui a bien voulu répondre à mes questions.

Pour élargir le champs des possibles, j’ai eus envie de m’intérresser aux alternatives pour les prestataires en rencontrant un mécanicien itinérant coopérateur, une entreprise sociale et solidaire, une SARL strasbourgeoise qui emploie des coursiers salariés, et une coopérative dont le projet est de développer une application open source destinée aux entreprises qui voudraient se lancer dans le marché de la livraison de nourriture tout en respectant des valeurs solidaires et le droit du travail.  Je ferai également un bref apparté sur le CLAP75, formidable syndicat de coursiers indépendants.

Je terminerai ce feuilleton de l’uberisation en publiant une liste d’alternatives destinées aux consommateurs, qu’ils veuillent se faire livrer un repas à domicile, faire réparer leur vélo sur leur lieu de travail, apprendre à changer une chambre à air eux-mêmes​, ou trouver un magasin de vélo ouvert le dimanche.

J’espère que ces billets vous plairont, qu’ils vous intéresseront, et qu’ils vous donneront, sait-on jamais, l’envie de changer quelques habitudes de consommation et de vous impliquer dans des projets différents qui ont le pouvoir de transformer la société.

A bientôt !

Auprès de ma selle.