Quelques conseils de femmes pour acheter son vélo

J’ai déjà évoqué dans un précédent article combien il pouvait être difficile de pousser la porte d’un vélociste lorsqu’on est un femme, pour acheter un vélo neuf ou pour faire réparer le sien.

Le milieu du vélo, même s’il tend à se féminiser depuis qu’il s’urbanise, est encore masculin, et machiste. Les femmes ne se sentent pas toujours légitimes et ont le sentiment d’être prises pour des idiotes, quand ce ne sont pas leurs compagnons qui font carrément l’achat du vélo à leur place. Quand elles viennent pour un pépin mécanique, elles sont encore très souvent infantilisées, et on ne leur donne pas les conseils d’entretien basique, sous prétexte qu’elles ne seraient pas compétentes.

Des discussions avec des femmes cyclistes urbaines ou sportives, et l’observation de la façon dont sont reçues les clientes qui viennent faire leurs achats dans les magasins où j’ai travaillé n’ont fait que confirmer ce constat.

J’ai donc décidé de mettre tout ceci par écrit, et d’éditer une sorte de guide pratique pour aider chacune à repartir avec le vélo de son choix, en ayant posé les questions indispensables, afin d’obtenir des réponses concrètes, objectives et surtout, victoire suprême, clouer le bec à un vendeur un peu trop imbu de lui même.

Cet article est bien sur issu de ma propre expérience de mécanicienne, mais j’ai aussi demandé aux femmes que j’ai interviewé de me parler de leur expérience d’achat, et de vous donner leurs trucs et astuces. Merci à toutes celles qui se sont prêtées au jeu, merci de pédaler !

Les questions à se poser d’abord, et à répéter en magasin ensuite :

  • Quel va être l’usage de mon vélo ? Pour quels types de trajets ?

On peut être plusieurs femmes cyclistes en une, mais on trouve rarement LE vélo qui correspond à tout ces usages. Idéalement, il faudrait en avoir plusieurs, un pour la randonnée, un pour aller travailler, un pour faire du sport, en pratique, la place et surtout le budget manquent.

Le compromis sera souvent un Vélo Tout Chemins ou un vélo « fitness » qui sera sportif et léger tout en ayant les emplacements adaptés à la pose d’un porte bagages et de gardes boues ou un vélo de randonnée à la mode allemande, qu’on utilisera aussi pour aller travailler, même s’il sera plus lourd. On peut également très bien transformer un vélo ancien d’occasion de type Motobécane, Gitane, ou Peugoet en une monture pratique et légère pour faire du vélotaf ou de la randonnée, ou même le laisser dans son jus pour partir enquiller les kilomètres cyclosportifs.

Néanmoins, définir au plus précis votre usage et vos besoins vous permettront aussi de déterminer l’endroit où vous aller acheter votre bicyclette.

Ainsi, Frédérique voulait un vélo à cadre très ouvert, avec un frein à rétropédalage, car elle a toujours roulé ce type de vélo. En France, peu d’enseignes les proposent, hormis celles qui font du vélo hollandais.

  • Pour quel dénivelé ? Pour quels routes ?

Cette question est le prolongement de la première, surtout si vous avez l’intention d’utiliser quotidiennement votre vélo pour vos déplacements domiciles – travail. Une fois le chemin idéal trouvé, on s’en écarte rarement, alors si le vélo est inadapté, on se décourage facilement, et surtout, on se fait mal.

Lisa  a la chance de traverser une partie du Bois de Vincennes pour se rendre à son travail dans le centre de Paris, elle a acheté un VTC, dont elle a changé les pneus d’origine, assez fins, pour les remplacer par des pneus assez larges, avec une protection renforcée contre les crevaisons.

  • Vais-je transporter des objets ou des humains sur mon vélo ?

Si vous avez besoin de transporter des affaires ou des enfants sur votre vélo, assurez vous que le cadre de votre vélo est équipé des emplacements permettant d’y poser un porte bagages arrière, un siège enfant sur tige de selle, ou que votre fourche est apte à supporter l’installation d’un porteur avant. C’est dommage d’acheter le vélo de vos rêves et de vous apercevoir ensuite qu’il faut dépenser du temps et de l’énergie à chercher le moyen de le convertir en utilitaire.

  • Quelle est ma taille de cadre idéale selon ma morphologie, quel est le type de cadre adapté mon usage et  à mes envies?

C’est sans doute la question qui vous demandera le plus de temps et sur laquelle vous serez la plus influencée. J’ai remarqué que les vendeurs avaient tendance à diriger les femmes vers des vélos au cadre ouvert avant même de les interroger sur leur pratique, car il est ancré dans leur esprit qu’un vélo à cadre ouvert est un vélo « de femme ». C’est faux, les vélos n’ont pas de genre.

Un cadre ouvert va permettre les descentes et les montées faciles sans abîmer ses vêtements ni entraver les mouvements.

Un  cadre droit sera plus aérodynamique et rendra le vélo compact pour un usage plus sportif.

Un vélo au tube horizontal qui remonte à 30 degré rendra les longues randonnées plus confortables qu’un cadre droit, tout en restant plus rapide qu’un vélo à cadre ouvert.

Je roule sur un vélo à cadre droit car je suis très grande, et que les constructeurs ne prévoient pas toujours de vélo à cadre ouvert au delà de la taille 52 (pour une personne jusqu’à 1m70 environ). Toutefois, je l’ai équipé pour la ville, avec une position très haute, et des vitesses dans le moyeu pour le confort. Il a une drôle de tête, mais c’est un vélo parfaitement adapté à mon usage quotidien.

De quels éléments de confort et de sécurité ai-je besoin ?

Dans les éléments de confort je placerai : une potence réglable qui vous permet d’adapter l’inclinaison de votre guidon à votre taille d’avants bras ou, à votre pratique (sportive ou urbaine sur un même vélo), une tige de selle et/ou une fourche suspendue pour mieux absorber les irrégularités des chemins, des poignées ergonomiques, une selle moelleuse, des vêtements de protection contre la pluie, des gants pour protéger vos mains en cas de chute ou de froid, un casque si celui-ci vous rassure, et surtout, surtout un antivol efficace.

Tous ces éléments ne sont pas fournis avec le vélo, il vous faudra les compter en plus dans votre budget. Faire la liste avant l’achat permet d’éviter les mauvaises surprises si vous êtes un peu juste financièrement.

Quel est mon niveau de pratique ?

L’erreur la plus fréquente est de choisir un vélo trop « technique ».

Lorsque j’ai acheté le mien, d’occasion, j’ai craqué sur son look « route » Je me suis rendue compte au bout de six mois et de trente kilomètres quotidiens qu’il n’était pas du tout adapté à ma pratique et que j’avais mal partout, même s’il était bien à ma taille. J’ai pu le transformer car j’ai les compétences, les outils et les pièces, mais ce n’est pas le cas de toutes.

Réfléchissez donc bien, par exemple, au type de transmission que vous choisissez. Si vous reprenez le vélo après une longue période d’inactivité, et que vous avez perdu l’habitude de jouer avec les vitesses, une transmission dans le moyeu de la roue, comme sur les Vélibs, vous sera très utile, car vous n’avez pas besoin d’anticiper le passage des vitesses, elles se changent même à l’arrêt.

Rien en vous empêche plus tard de choisir un vélo avec une transmission par dérailleur, si vous y avez prit goût.

De même, la plupart des acheteuses choisissent un VTT, persuadées à tord (par le marketing et par les conseils des vendeurs) que c’est un vélo multiusages qui passera partout. En vérité, ces vélos, souvent lourds et peu véloces, sont d’avantage adaptés à dévaler des pentes dans la forêt pendant 2h qu’à effectuer un trajet quotidien ou une randonnée de 40 kms.

L’effet inverse, c’est d’acheter un vélo sous équipé en supposant qu’on ne va effectuer que des petits trajets pendulaires avec. Une observation empiririque : plus on fait de vélo, plus on a envie d’aller loin avec. Un vélo monovitesses sera parfait pour la ville, mais deviendra un peu limite lors d’une sortie à vélo hors de la ville.

Mon conseil : 3 plateaux à l’avant et 7/8 vitesses à l’arrière, ça fait le job en toutes circonstances.

  • Quel est mon niveau de mécanique ? Est ce que je sais / Est ce que je veux  assurer l’entretien basique de mon vélo seule ? 

Je ne vous parle pas ici d’avoir pour objectif de zapper pour toujours l’étape révision chez le vélociste et de vous transformer en mécanicienne. L’entretien basique c’est :

Savoir gonfler ses pneus et réparer une crevaison, lubrifier sa chaîne, vérifier l’efficacité de ses freins, resserrer un boulon ou une vis, incliner son guidon, fixer une sacoche ou un panier, remettre en place sa chaîne si on a déraillé.

Assurez vous donc que vous avez envie de faire ça, que vous avez envie d’apprendre à le faire, et que votre vélo n’est pas difficile à aborder.

Je parlais plus haut de la transmission dans le moyeu : sachez qu’en cas de crevaison, le démontage de la roue demande un peu de pratique pour savoir quel câble débrancher, comment remettre la chaîne en place, etc.

De même, un frein tambour ou un frein à disque hydrauliques sera plus compliqué à entretenir qu’un frein V-brake avec des patins.

Assurez vous aussi que le magasin dans lequel vous achetez le vélo dispose d’un atelier avec un technicien qui saura vous dépanner en cas de problème et qui n’est pas trop loin de votre domicile ou de votre lieu de travail pour pouvoir y déposer votre vélo sans être obligée de le traîner sur plusieurs kilomètres.

Ce conseil m’a été donné de façon unanime par toutes les femmes que j’ai rencontrées, c’est du vécu.

Je reviendrai dans un autre article sur ces opérations basiques, en attendant, vous pouvez poser ces questions à votre vélociste, et s’il est idiot et ne vous réponds pas, quittez le et allez dans un atelier d’auto-réparation, la plupart proposent des permanences réservées aux femmes où vous pourrez apprendre à entretenir votre vélo sans jugement négatif et sans mec qui vient toutes les 5 mn vous montrer comment tenir votre clé Allen.

Quelques conseils supplémentaires en vrac :

Mila, cyclostouriste :

« Bien se renseigner avant l’achat et aller chez un spécialiste dans le domaine qui nous intéresse. Ne pas hésiter à prendre ses mesures, surtout pour la taille du cadre. On essaie souvent de vous fourguer un vélo du stock qui n’est pas à votre taille.

Julie, cyclosportive :

« Poser plein de questions, au risque de passer pour un noob (NDLR : un débutant). Insister sur la partie entretien du vélo après l’achat, car les vendeurs sont souvent évasifs sur ce point. Bien définir ses besoins et son usage. »

Un tour à vélo, cyclovoyageuse :

« Absolument essayer le vélo en boutique. On peut se renseigner sur Internet avant, mais il faut essayer le vélo ! »

Marine, cyclovoyageuse :

« Souvent le vendeur se concentre sur le vélo, et ne pense pas aux accessoires dont il faudra l’équiper. Il faut venir avec une liste de tout ce dont on aura besoin »

Rapha, vélotaffeuse :

« .Si on vient en couple, les vendeurs ont tendance à s’adresser aux hommes pour les questions techniques, ne pas hésiter à remettre le vendeur en place en lui rappelant que c’est nous qui allons rouler le vélo, et pas notre mec. Si on se sent traitée de façon condescendante, s’imposer, notemment au niveau du contact visuel. »

Frédérique, nouvelle vélotaffeuse :

« J’y suis allée avec une copine, qui utilise régulièrement son vélo pour aller travailler. Je me fiche complètement de ce que le vendeur peut penser de moi, mais je tenais à avoir une présence bienveillante à mes côtés au cas où il se montrerait un peu hautain. Çà m’a permit de poser des questions bêtes sans me sentir bête justement. Choisir un magasin qui fait aussi l’entretien, surtout quand on a un vélo compliqué à réparer. »

Voilà, l’article sur l’entretien basique est dans les clous, d’ici là si vous avez des questions, mes DM sur @aupresdemaselle sont ouverts 🙂

 

 »