Mon vélo électrique est en panne ! (Bilan d’un an de mécanique sur VAE)

Il y a quelques mois, je vous adressais, du haut de mes quelques semaines d’expérience de mécanicienne pour Vélos à Assistance Electrique, quelques conseils pour vous informer avant d’acheter un vélo coûteux. Aujourd’hui, j’aimerais compléter cet article et en profiter pour tirer un bilan personnel de mon expérience d’un an en tant que mécanicienne sur ces vélos très spécifiques… et qui ne vieillissent pas aussi bien que des vélos musculaires.

Je vais  donc vous lister rapidement les pannes électriques  les plus fréquentes que j’ai pu rencontrer, vous expliquer combien ça coûte hors garantie et combien de temps ça prend pour les réparer.

Je ne m’attarderai pas sur les modèles et les marques, le but n’est pas de faire un comparatif, je laisse l’exercice aux magazines spécialisés.

Je veux simplement partager une expérience technique et personnelle, et enfin vous expliquer pourquoi je n’ai plus l’intention d’en faire mon activité principale, même si j’ai évidemment acquit une expérience et une expertise qui seront appréciées dans le futur.

Les pannes.

Elles surviennent en général sur des modèles de VAE dotés d’une motorisation dans le moyeu de la roue, et de capteurs de pédalage, situé soit via un aimant et un capteur sur la roue arrière, soit via un aimant et un capteur inséré entre la manivelle et le boitier de pédalier.

Ces modèles, que dans le métier on qualifie d’entrée de gamme, coûtent de 700€ à 1500€, ce qui, pour beaucoup de consommateurs, et ce, malgré les primes à l’achat, représente déjà une somme difficile à concevoir et à dépenser pour un vélo neuf.

D’autre part, à ce prix là, vous n’aurez pas un équipement haut de gamme, l’entretien purement mécanique du vélo sera donc à réaliser tous les six mois (tous les trois mois pour les patins de frein), ce qui est aussi un critère à prendre en compte.

Pannes les plus fréquentes :

1/ Plus d’assistance.

La console s’allume, la batterie prend bien la charge, mais lorsque vous pédalez, vous avez l’impression de vous traîner. De fait, le moteur dans le moteur n’est plus entraîné.

Trois causes possibles : les capteurs de cadence ou de pédalage dont je parlais plus haut sont endommagés, l’aimant qui passe devant le capteur s’est sauvé, ou n’est pas en face du capteur, le coupe circuit situé au niveau de l’étrier de frein est endommagé et envoie un message erroné au moteur et coupe l’assistance.

Par chance, ces pièces ne coûtent pas très cher (de 5 à 25€) et le temps pour les remplacer non plus (une demi heure, soient 30€ pour remplacer un capteur de pédalage situé sur le boitier de pédalier). Comme le diagnostic de ce type de panne est facile et rapide, il y a de fortes chances pour qu’on ne vous le facture pas non plus. En tout cas, moi je ne le faisais plus au bout de quatre mois, car je commençais à bien connaitre mes vélos et leurs problèmes.

Plus de jus :

Cette panne peut concerner les modèles avec motorisation dans le moyeu et les modèles avec motorisation centrale dans le pédalier, Bosch, Yamaha, Shimano et Impulse.

La console ne s’allume plus, mais la batterie prend bien la charge.

Ou alors, la console ne s’allume plus, et en plus, la batterie semble cuite.

Ou alors, c’est autre chose.

Là, ça commence à chiffrer. D’abord, je dois faire des tests croisés avec des pièces neuves : batterie, console, chargeur. Je facture le temps passé à faire le diagnostic, qui comprend aussi les appels et les mails au service technique de la marque 50€.

S’il faut changer une pièce, par exemple la console, elle peut coûter jusqu’à 150€  pour les plus sophistiquées. Même sur un modèle d’entrée de gamme,n on a des consoles LCD qui donnent une foule d’information, et qui coûtent cher. C’est peut-être aussi votre support de console qui s’est abîmé. 10 à 60€. Ca peut aussi être les faisceaux qui relient votre batterie ou votre console au driver qui sont défectueux. Ceux-ci ne coûtent pas très cher (une quinzaine d’euros), par contre, la pose, si, parce que c’est très pénible à remplacer. Çà peut aller jusqu’à 80€ de main d’oeuvre.

Enfin, la panne peut être causée par un driver (le cerveau du VAE, en général un boitier carré planqué dans la box de batterie ou dans le cadre, sur lequel viennent se brancher tous les câbles électriques) qui a subitement grillé.

On grille un driver en allumant et en éteignant sa console en marche, pour « rebooter » son vélo, où simplement quand on ne veut pas utiliser l’assistance. Très mauvaise idée soit dit en passant, descendez simplement le mode d’assistance sur Off, la console ne consomme pas tellement d’énergie, et vous préserverez le système électrique de votre vélo tout en faisant des économies de batterie.

Un driver, c’est cher. Certains modèles coûtent tranquillement 180€.

Mais le plus cher, c’est le remplacement à neuf d’une batterie arrivée définitivement en fin de vie. En principe, ça n’arrive pas avant 6 ans après la date d’achat du vélo, ou alors, si ça arrive plus tôt, c’est encore couvert par la garantie. Comptez jusqu’à 500€ pour une batterie Bosch, 350€ en moyenne. Vous pouvez également la faire reconditionner, mais vous ne retrouverez jamais son autonomie d’origine. 250€ en moyenne.

Avant de paniquer, vérifiez quand même que le problème ne provient pas de votre chargeur, ils ne coûtent « que » 50 à 70€

Le plus de jus peut enfin provenir d’un arc électrique au niveau des broches mâles de votre connectique batterie. Souvent, sur les modèles d’entrée de gamme, la boite dans laquelle vous insérez votre batterie est en plastique et ne résiste pas aux vibrations des pavés (un fléau très parisien mais qui frappe également les centre historiques des villes de province). La batterie bouge dans sa boite, et provoque des courts circuits, qui finissent par couper totalement le contact parce qu’ils sont en panique ou qu’ils sont trop oxydés. Il faut alors remplacer à neuf la box et les broches, ça coûte dans les 60€ et 50€ de main d’oeuvre.

Protip : insérez toujours votre batterie avec douceur et tendresse. Certains modèles ne supportent pas les insertions brusques et vous pouvez enfoncer accidentellement les broches mâles.

3/ Le moteur est cuit.

C’est heureusement assez rare, et c’est en général la dernière hypothèse d’un diagnostic qui peut s’éterniser (quand on a essayé tous les autres, changé une multitude de pièces, alourdi la facture…) mais ça coûte une blinde.

J’ai facturé un moteur Bosch de 2013 450€, hors diagnostic et pose. Au total, le client a réglé une facture pharaonique de 850€ (les pièces Bosch sont dispendieuses) Rassurez vous, je ne lui ai pas mit le couteau sous la gorge, nous avons longuement pesé le pour et le contre, et le client a préféré réparer son ancien vélo plutôt que d’en acheter un neuf. Mais quand même !

D’ailleurs, une fois le moteur remplacé, son vélo est reparti comme en 2012, et vivra certainement 5 années supplémentaire, ce qui en fera le vélo à assistance électrique le plus vieux de sa génération, si toutefois la batterie ne décède pas avant.

Une roue motrice, quant à elle, coûte environ 250€. Heureusement, si ça peut vous consoler, la pose de cette pièce équivaut à changer une chambre à air, c’est pas cher.

4/ La panne qui dépasse mes compétences.

Rencontrée systématiquement sur les vélos antérieurs à 2013 d’une marque rachetée il y a deux ans par un groupe français que pour brouiller les pistes nous appellerons vélofacil (wink wink). J’ai eu beau changer des pièces, suivre le mode d’emploi, contacter des dizaines de fois le service SAV (d’ailleurs très très compétent, je salue leur disponibilité et la clarté de leurs explications), la panne reste inexpliquée.

C’est alors le constructeur qui prend le relais, on lui renvoie le vélo. 150€ de frais de port sont facturés au client, car on ne met pas le carton au bureau de poste (tête des guichetiers, salut, voici un vélo qui pèse 25 kilos, débrouillez vous lol), on fait venir un transporteur privé. Ensuite, le constructeur facture des frais d’intervention qui sont souvent très obscurs et un peu yolo, ça peut aller jusqu’à 300€. Et encore, on  n’est pas certains que votre vélo fonctionne ensuite, ça dépend.

C’est en grande partie à cause de la multiplication de ces vélos « anciens » qui revenaient en masse ces trois derniers mois à mon atelier, que j’ai décidé, sans regrets, de passer à autre chose, et d’aller réparer des vélos ailleurs.

En effet, et en guise de conclusion même si j’ai éprouvé beaucoup de satisfaction personnelle à apprendre à diagnostiquer et à réparer des pannes électriques, ma conception du vélo urbain, ma sensibilité environnementale et sociale, m’amènent à considérer l’objet VAE comme particulièrement incompatible avec une pratique sereine et épanouissante de mon métier.

J’ai décidé de conserver cette expérience acquise, pour en réparer moins, sans doute en réparer mieux, conseiller et avertir d’avantage mes clients, dans un endroit où j’aurai toute la liberté de le faire, puisque l’activité commerciale n’y sera pas uniquement basée sur la vente de vélos à assistance électrique.

D’ici là, si vous avez des questions supplémentaires, mes DM sur twitter sont toujours ouverts 🙂