Témoignages : comment le VAE m’a aidé à me (re)mettre au vélo

Tout a commencé par mon ami Henri. On se connait depuis 8 ans. Quand je l’ai rencontré, il était encore étudiant, et lorsqu’il s’est fixé à Paris, il s’est acheté un scooter pour circuler en ville. Il y a deux ans, alors que je venais de commencer à travailler au rayon cycles d’une grande surface sportive, il est venu me demander des conseils pour s’acheter un vélo pliable à assistance électrique. Ses besoins étaient multiples. Il voulait un vélo compact, qu’il pourrait stocker dans son appartement, et il avait besoin de l’assistance, car il ne se sentait pas assez en forme physiquement pour se déplacer régulièrement à vélo. Il s’était fait dérober son scooter quelques temps auparavant, ne supportait plus de prendre les transports en commun, et souhaitait également changer pas mal de choses dans sa vie, à commencer par sa façon de se déplacer.

Le VAE que j’ai fini par lui vendre ne correspondait pas aux critères que je m’impose maintenant lorsque je conseille mes clients, mais à l’époque, Henri s’est est trouvé fort satisfait. Son VAE lui a apporté liberté, autonomie, et, à force de se rendre à son travail avec, et de circuler partout à Paris et en banlieue, il a perdu quelques kilos, et gagné en endurance.

Pour ses 30 ans, il a acheté son deuxième vélo en deux ans : un très joli Brompton bleu tempête, qui correspond d’autant mieux à ses besoins qu’il est plus léger, qu’Henri n’est plus limité dans ses déplacements par l’autonomie d’une batterie, et qu’il est plus facile à entretenir. Henri est désormais tout à fait capable de parcourir sa dizaine de kilomètres quotidiens pour aller travailler, il part avec son vélo en vacances, et l’utilise pour le moindre de ses trajets. Il s’en sépare rarement, et écume évidemment les forums de « brommies » pour apprendre comment l’entretenir et pour fantasmer sur de futurs équipements à ajouter à son vélo chéri.

En écoutant Henri, j’ai commencé à comprendre pourquoi de nombreuses personnes avaient décidé d’acheter un VAE avant de repasser au vélo normal. Et si le VAE, loin des clichés qu’on lui attribue (vélo pour paresseux, vélo pour gens riches qui profitent de la prime à l’achat, vélo nucléaire et polluant à long terme) était tout simplement le meilleur produit d’appel pour se (re)mettre au vélo ?

J’ai donc demandé à d’ancien.nes usagèr.es de vélo à assistance électrique de me parler de leur rapport au vélo. Je leur ai posé trois questions :

« Pourquoi as-tu acheté un VAE au départ ? »

  • « Qu’est ce qui t’as amené à acheter un vélo sans assistance ensuite ? »
  • « Combien t’as coûté ton vélo actuel, accessoires inclus ? »

Leurs réponses sont généreuses, adorables, et surtout, éloquentes.

Les raisons du choix d’un VAE

La distance à parcourir entre le domicile et le travail .

Pour la plupart des répondant.e.s, faire un trajet supérieur à 5km semblait plus facile avec un VAE. Idée reçue numéro 1, avec l’électrique, on va plus vite, plus loin, en se fatiguant moins. Faire régulièrement leurs trajets en VAE a gommé la notion de distance rédhibitoire à vélo, en leur montrant que c’était possible et surtout qu’ielles en étaient capables.

La crainte du dénivelé, volonté de reprendre une activité physique régulière, compenser ou améliorer de faibles capacités physiques.

Quand on débute le vélotaf (=action d’utiliser son vélo pour se rendre sur son lieu de travail), à moins de pratiquer régulièrement un sport, on se sent souvent diminué physiquement, et incapable de parcourir plusieurs kilomètres, ou de franchir des côtes sur son trajet. De nombreux témoignages citent un essoufflement, de la tachycardie, des courbatures, une fatigue générale en commençant à pédaler. Utiliser un VAE a permis à ces personnes de maîtriser leur condition physique, de reprendre du muscle, de modérer ou d’accentuer leur effort en jouant avec le niveau d’assistance, sans subir les inconvénients physiologiques cités plus haut. On n’est pas obligé.e de souffrir pour se déplacer à vélo. Personne n’a non plus prétendu que c’était facile, et que n’importe qui pouvait passer tranquillement de zéro à 10kms/jour à vélo.

Personnellement, venant d’une ville sans relief, je me suis sérieusement posé la question de l’assistance électrique lorsque j’ai repris mon vélo pour me déplacer à Paris. De même, lorsque la distance entre mon domicile et mon travail a subitement bondi de 500m à 25kms quotidiens, j’ai  accepté avec gratitude le prêt d’un VAE de fonction pour me remettre en conditions.

La gestion de la transpiration est aussi un frein déterminant à l’utilisation de son vélo pour aller travailler. C’est la question qu’on me pose sans arrêt : comment faire pour ne pas transpirer ? Je n’ai pas de recette miracle. Nous ne sommes pas toutes égales devant la transpiration. Le VAE, surtout pour un usager débutant qui a du mal à pédaler de façon régulière est à l’évidence un excellent moyen de moins transpirer, et d’arriver propre, sur un lieu de travail qui ne dispose pas encore des commodités nécessaires pour se doucher, et lorsqu’on n’a pas envie, pas le temps, pas de place dans nos vies pour un changement intégral de vètement.

Travailler à vélo doit être simple. Je suis la première à dire aux gens « pédalez comme vous êtes. Il n’y a pas besoin de vêtements spécifiques, le vélo urbain n’est pas un sport, il vous faudra simplement de bons vêtements contre le froid et la pluie. »

La plupart de mes clients en VAE n’ont pas de vêtements techniques. Ils roulent en costume, en jupe, en tailleurs, en talons, en chemise, en jean, en short l’été, en mini robe. Personne n’est en lycra et je m’en réjouis.

Rouler en VAE a donc convaincu les répondants qu’ielles en étaient capables, que la distance n’était pas si déraisonnable, que les dénivelés n’étaient pas insurmontables, et qu’en plus, ielles n’étaient pas obligés d’adopter un équipement contraignant (un soulagement pour les anciens conducteurs de deux-roues motorisés), et qu’en plus, pédaler les rendait heureux.sesIelles ont donc, au bout de quelques mois ou de quelques années en VAE, décidé d’acheter un vélo sans assistance pour effectuer leurs trajets.

Pourquoi passer au vélo « musculaire » ?

Pour la majorité des répondant.e.s, le poids du VAE finit par être décourageant. Manutentionner quotidiennement un engin qui pèse plus de 22 kgs, se sentir frustré parce que l’assistance se coupe à 25km/h finissent par donner l’envie d’un vélo plus léger.

Un vélo moins contraignant également. Comme le soulignent les cyclistes, en VAE, on est « enchainé.e » à sa batterie, on se retrouve à chercher la prise électrique comme en voiture la prochaine station essence, afin de ne pas se retrouver à court de batterie. L’obsolescence des modèles et la perte d’autonomie des batteries pèsent aussi sur les trajets et le budget des répondants. Certaine.e.s ont fait leurs calculs et ont conclu que pour le prix de remplacement d’une batterie, ielles pouvaient s’acheter un très beau vélo sans assistance.

Le VAE leur ayant permis de retrouver confiance en elleux, d’être en meilleure condition physique, ielles coupent souvent l’assistance, ou roulent en mode économique. Ielles se rendent compte qu’ils font de plus en plus de trajet en vélo « sec » et finissent tout naturellement par envisager d’acheter un « vrai » vélo.

L’envie d’avoir un beau vélo, fin, léger, dynamique, esthétique, souvent plus attrayant que le VAE que nombreux.ses jugent laids et/ou peu valorisant pour l’estime de soi.

S’acheter un vélo sec, c’est l’opportunité de vraiment se faire plaisir, quitte à choisir un modèle carrément tape à l’œil, dans des matériaux nobles comme l’acier ou le carbone, d’occasion avec le charme de l’ancien tout en s’offrant une belle sellerie, avec une transmission performante pour compenser l’absence d’assistance, bref, un vrai cadeau, alors que le VAE avait surtout été choisi pour sa fiabilité ou sa robustesse.

Puisqu’on a déjà dépensé en moyenne 1500€ pour son vélo à assistance électrique, on n’hésite plus à investir en moyenne 900€, accessoires inclus, pour son vélo musculaire.

On passe alors du vélo utilitaire au vélo plaisir.

 

Je laisse les derniers mots de cet article à quelqu’un dont le témoignage m’a beaucoup touché.

« Le besoin d’un vélo normal est arrivé à une période de ma vie très difficile, j’ai ressenti le besoin de me dépenser, de rouler fort pour évacuer ma douleur et mon chagrin. J’ai sué, j’ai souffert, mais c’était essentiel pour la sérénité de l’esprit.

Le vélo est bien plus qu’un moyen de transport, il est magique. »

Je vous souhaite donc de commencer par un peu de magie électrique, pour les moins rassuré.es d’entre vous. Le reste viendra avec le temps, mais toujours avec joie.