Pourquoi se (re)mettre au vélo (oui, pourquoi ?)

Il y avait au départ un article de 20 minutes, qui part d’une bonne intention, donner aux lecteurs 5 bonnes raisons de se remettre au vélo.

Le texte est concis, rédigé en style direct et compréhensible de lecteur moyen du quotidien gratuit, hormis le dernier argument, un peu bancal, selon moi :

5. Le vélo c’est tendance
Et bien oui, il faut bien l’avouer : un objet qui attire autant de convoitise, c’est forcément tendance. Avec environ 400.000 vols de vélos par an, la petite reine est même sacrément tendance. Mais que cela ne vous refroidisse pas, le vol n’est pas une fatalité : il existe désormais des méthodes de marquage efficaces. Très utilisés au Danemark et en Allemagne, ils permettraient de retrouver son bien dans 40% des cas.

L’usager des transports en communs déjà frileux à l’idée de se lancer sur les pistes cyclables parisiennes, qui lit ce paragraphe dans le métro, va surtout retenir l’information « vol de vélo » et va probablement renouveler son Pass Navigo.

Je me disais déjà, c’est dommage, et c’est alors que j’ai lu les commentaires.

La prétention des fanatiques de la pédale à imposer leurs fantasmes à la planète entière est intolérable.
Non seulement ils font bon marché des vieux, des malades, des handicapés et autres personnes à qui leur situation interdit le vélo, mais en outre leur comportement permanent démontre leur mépris absolu des lois et règlements, c’est à dire du droit d’autrui.

On frôle le point Godwin.

Si 50% des trajets font moins de 2 kilomètres, une paire de chaussures devrait suffire. D’autant plus qu’un parapluie à vélo c’est difficile à tenir.

Voilà quelqu’un qui ne doit pas sortir beaucoup de sa voiture.

Et ça continue pendant des lignes entières.

J’avais démarré cette note en mode Bersek, avec l’envie de rouler sur la chair à vif de ces gens, plusieurs fois, en les saupoudrant de sel.

Finalement j’ai juste envie de le terminer en mode licorne & bisounours.

S’ils sont aussi aigris et vindicatifs, c’est parce qu’ils ne font pas de vélo.

Mes 5 bonnes raisons de se (re)mettre au vélo.

Ce sont les miennes, elles ne sont pas universelles.

Je n’envisage même pas l’automobile dans mon comparatif,  c’est complètement disproportionné, il faudrait que j’achète une voiture, que je l’assure, que je lui donne du carburant, mon dieu, je ne suis pas assez riche.

C’est le transport le moins couteux.

Un abonnement de transport urbain me coûterait 540€ par an, prime employeur déduite.

Je pourrais également aller au boulot à pieds, mais alors, je doublerais mon budget chaussures, cf point suivant.

L’entretien de mon vélo doit me coûter 150 à 200€ par an, parce que je confies les bobos à un marchand de cycles et encore, si j’étais moins paresseuse, je pourrais très bien apprendre à le réparer moi même.

C’est le moyen de transport le plus rapide

En Tramway : 5mn de marche jusqu’à la station / 15 mn de trajet.

A pieds : un peu plus d’une demi heure.

En vélo : 10 mn en traçant bien, mais en moyenne je dirais environ 15mn.

C’est le moyen de transport le plus agréable et le plus confortable.

Dans le tramway, il y a de la promiscuité, même si « ma » ligne n’est pas trop bondée. Je me sens dépendante des horaires, des problèmes de circulation…

A pieds, ho la vache, déjà, c’est long, ensuite paradoxalement, comme je l’ai déjà expliqué dans mon article sur les fanfreluches à vélo, pédaler me permet de porter des chaussures avec lesquelles je ne pourrai pas faire 100m sans souffrir atrocement.

Ai je besoin de vous expliquer combien je suis à l’aise à vélo ? Cette exquise sensation de liberté et de puissance ?

C’est le moyen de transport le plus social

Je croise beaucoup d’autres cyclistes sur mon trajet.

Alors bon, faut pas rêver, la vie c’est pas comme dans une publicité on n’est pas tous en train de taper la discute ensemble avec nonchalance à chaque feu rouge.

Par contre, les signes de connivence, les regards complices, les sourires amicaux sont légions entre habitués du même tronçon de voie cyclable. Et parfois, effectivement, je m’enhardis et je lance un bonjour à la volée. Et parfois on me le rend.

Je fais même des signes aux automobilistes, des signes gentils je veux dire. Je prends toujours le temps de formuler un « merci » quand on me cède le passage, avec un grand sourire, au minimum un geste de la main.

Je fais des clins d’œil aux piétons, j’admire tout haut les filles et les garçons.

Je n’ai jamais dis bonjour, coucou ou sourit à un autre passager du tramway (les transports en commun sont des endroits où l’on baisse les yeux) ou à un piéton inconnu sous prétexte que nous marchons ensemble sur le trottoir.

Et enfin, mais ça c’est très personnel, c’est le moyen de transport le plus esthétique.

J’adore les vélos, je trouve que ce sont de beaux objets, racés, élégants, profilés, ronds, ça me rend toute poétique et j’ai parfois de grosses crises d’enthousiasme quand je vois un vélo particulièrement chic ou insolite.

Une voiture, un bus, ou une paire de pieds me mettent rarement dans un état d’admiration.

Pensées cyclistes

(Une sorte de début de chaine de blog à deux roues lancée par la rousse de l’Ouest).

A quoi tu penses sur ton vélo ?

Ce matin :

  • Bonjour le concierge purée quel boulot ingrat à peine 7h45 et il est déjà debout en train de nettoyer toutes les poubelles.
  • J’espère que quand je vais tourner au coin de l’immeuble il n’y aura pas la voiture blanche qui va me foncer dessus comme souvent le matin.
  • C’est MON trottoir ho ça va je sais qu’on n’a pas le droit de rouler dessus mais…
  • Il fait frisquet la semaine prochaine je crois que je vais devoir ranger le blazer bon on attend encore un peu pour les collants.
  • Rah faiche le feu est vert mais deux voitures occupent la chaussée de part en part et voilà le tram qui arrive pfff j’aime pas être interrompue dans mon élan.
  • We ! are ! The ! Magnetics Zeros poum da poum da poum da da la da la da la.
  • Elle est bien cette rue depuis qu’ils ont refait le macadam ça va beaucoup plus vite et ho, ‘tention toi devant.
  • J’aurais du partir 10mn plus tôt, c’est la session de dépôt des mômes devant l’école non mais sérieux c’est quoi l’intérêt de bloquer cette minuscule rue avec leurs voitures ils habitent tous le pâté de maison ils peuvent pas s’organiser et faire un pedibus ?
  • Ho y’a une fille avec des baskets rouge et elle a un vélo rouge j’espère que je pourrais la photographier au prochain feu rouge ha non zut, flûte elle le grille elle m’énerve.
  • Qu’est ce que je vais mettre ce soir ? Est ce que j’ai emmené ma liste de courses ? Est ce que j’aurais le temps de faire une sieste en rentrant ?
  • Merde j’ai oublié mon goûter.
  • We want to be like poudoum we gnagnagnagna beeee like poudoum tuhého gagigého tou dou we are the magnétics zéros (cf plus haut).
  • Bonjour la femme qui fait l’entretien des immeubles je la croise tout le temps le matin en ce moment sur le chemin avec sa drôle de casquette on échange toujours un signe de tête et un sourire parce qu’on va toutes les deux vite quand je la vois je pense qu’une fois elle m’a calculée en train de chanter à tue tête sur le vélo et on a bien rigolé, elle est vraiment sympa cette fille j’espère qu’un jour je ne la croiserai plus à vélo en train de partir faire des ménages mais qu’elle aura un job gratifiant.
  • Est ce que je vais trouver à me garer ?

à suivre…

Et vous ?

Cycliste Ordinaire

(Originellement publié sur Héros Ordinaires)

Est ce que ça t’arrive, de penser à une chanson, et qu’elle tombe directement dans tes reins ?

Je veux dire, peu importe que tu saches danser ou non. Ce qui importe, c’est que la chanson te donne l’impression que tu bouges comme un dieu.

Que tu ES un Dieu.

Moi, ça m’arrive parfois à vélo. Je suis à vélo 30mn par jour, c’est là que j’écoute la musique. Je veux dire, vraiment. Là qu’elle s’imprime dans mes cellules.

Je vidange mon baladeur assez souvent, et, bon, je sais bien que je n’ai pas la meilleure discothèque du monde. On va dire que sur les 245 morceaux que j’ai actuellement dans mon bouzin, y’en a 20 qui me donnent vraiment la sensation de rouler à toute allure.

Et celle là… ha celle là. Bon dieu. Je ne la mets pas souvent. Je ne veux pas l’user. C’est mon morceau des matins gris.

Les matins gris : je me suis rendormie après le deuxième snooze, il n’y a plus de confiture d’églantine, je n’arrive pas à coiffer mes cheveux, la tenue que j’ai sélectionné est vraiment pas terrible mais je manque de temps pour me changer, et en plus, on est jeudi, et je trouve les jeudis particulièrement longs. Quand je descends les escaliers, je croise la famille aux whatmilles gosses qui partent à l’école et ils hurlent déjà. Le local à vélos pue la vieille ordure parce que quelqu’un a laissé la porte des poubelles ouverte la veille au soir.

Je pose mon sac dans le panier, je décadenasse ma bécane et…

Play.

The Kinks (Wish I could fly like) Superman

Too ! ta ! Too ! ta ! Too ! ta ! Too ! ta ! Too ! ta ! Too ! ta ! Too ! ta !

tin nin nin nin nin nin nin

twu twu

Je fais super bien l’intro et je t’emmerde.

Wake up this morning, started to sneeze

Had a cigarette and a cup of tea.

Le temps d’arriver au refrain, je suis déjà dans la tranquille rue où je peux faire de l’Air Guitar sans risquer de croiser une voiture qui arrive en face et je ne m’en prive pas.

Superman superman wish I could fly like superman

Superman superman I want to be like superman

I want to be like superman

C’est quelques dizaines de secondes plus tard qu’on me retrouve au carrefour en train de plaquer un accord magique sur mon guidon.

Gas bills, rent bills, tax bills, phone bills

I’m such a wreck but i’m staying alive

Les yeux dans l’éternité je fais tournoyer ma casquette au bout de mon doigt, j’allume la première clope de la journée au feu rouge juste avant le boulot. Je fais claquer mon Zippo contre ma cuisse, celle qui prend appuis nonchalamment sur la pédale (dans mon fantasme, j’ai un Zippo). Je me sens rien moins que surhumaine.

I’d really like to change the world

And save it from the mess it’s in

Les autres cyclistes, galvanisés par mon charisme de furieux et mon boule qui ondule en rythme sur ma selle reprennent avec moi en actionnant leurs sonnettes comme dans une comédie musicale de Jacques Demy.

I’m too weak, I’m so thin

I’d like to fly but I can’t even swim

Superman superman I want to fly like superman

Superman superman wish I could fly like superman

Une putain de belle journée pour sauver le monde.

Lundimusique et je ne savais pas que tu existais

Samedi soir, accompagnée de mon amour à rayures et de Coupine, l’estomac lesté de sushis, en attendant de pouvoir aller chercher nos billets pour la traditionnelle séance à l’Observatoire sans laquelle la Nuit des Musées ne saurait être accomplie, je suis allée visiter une exposition à la Chaufferie.

Les Arts Décos exposent Strasbourg. Les élèves de la nouvelle option Scénographie redécouvrent la ville qu’ils habitent. Plutôt que de s’appuyer sur sa géographie ils ont élaboré une série de protocoles pour partir à la rencontre d’inconnus qui dévoilent lors d’entretiens filmés, photographiés autant d’usages de la ville, de regards intimes sur un même espace. Les résultats de ces expérimentations et explorations prendront forme dans le cube de la Chaufferie, du 10 mai au 6 juin, rue Paul Janet.

L’expo était réduite, nous avons rapidement fait le tour, mais elle m’a fait forte impression.

Il y avait notamment une planche en bois posée sur des tréteaux qui représentait un plan très schématique de Strasbourg et de la Communauté Urbaine avec les lignes de tramway tracées et quelques points de repère. Sur le plan on trouvait des punaises et des numéros qui indiquaient des emplacements.

Les visiteurs avaient reporté sur un des murs de la Chaufferie les numéros des punaises et écrit en face leur endroit préféré à Strasbourg.

J’ai punaisé et écris n°92 : La Louisiane, rue St Urbain.

La Louisiane se trouve dans une rue tranquille de Neudorf où j’aimerai beaucoup habiter. Malheureusement c’est un  de ces endroits où les gens vivent de façon historique et ne déménagent pas donc il y a peu de chance qu’un appartement se libère dans une de ces ravissantes maisons. Je me contente donc d’y passer à vélo de temps en temps et de me régaler des belles façades.

L’été je m’attends toujours à y voir un vieux monsieur  assis dans un rocking-chair jouer du banjo et chanter une complainte, exactement comme dans La ballade du café triste de Carson Mc Cullers (il faudra un jour que je parle de cette nouvelle que j’ai lue à 16 ans et qui, j’en suis maintenant persuadée, a influencé certains aspects de ma vie amoureuse).

Je vis ici depuis 10 ans. J’ai posé mes balises dans mes regards cyclistes, et dans les photos que je prends du haut de ma selle, avec lesquelles je montre un angle de vue, des instants volés à un espace urbain quotidien. J’ai le cœur qui bat de ma ville, profondément. Je la découvre tous les jours un peu autrement. Je la sens glisser entre mes doigts quand je roule, et très souvent, accompagnée des notes de mon baladeur, malgré moi, je souris à la ronde.

Un peu pour faire écho à Henri dans sa dernière  note, je crois que les lieux, les instants, les musiques, renforcent de manière assez puissante les liens entre les êtres, quelle que soit la nature de ces liens.

Samedi soir, après avoir regardé les étoiles sous la coupole, alors que nous traversions la ville à vélo depuis les jardins de l’Observatoire pour aller terminer la soirée devant une coupe au Musée d’Art Moderne, moi devant, souriant d’une oreille aux cris de joie et de frayeur de Coupine perchée sur le porte bagage de mon amour à rayures, je me suis dis que c’était un de ces moments à marquer d’une punaise dorée dans ma carte du tendre.

N° 93 : Quai Charles Altorffer. Bande son.

Je t’aime, toi et tes pavés qui font mal au cul.

J’aime d’autant plus Strasbourg quand vous y êtes avec moi.

Je suis heureuse de savoir que vous existez.

Instant Spring

Un baiser, à demain, je file.

Je pédale rapidement sur une ligne droite. C’est plus fort que moi, je me redresse, je prends l’air désinvolte.

Je le guette toujours au coin du virage.

Le moment que je préfère dans cette chanson c’est quand le « hapiness » éclate dans ma tête. Alors je lève les yeux et je regarde les façades.

Il attend sur le banc, il tripote son téléphone, une clope aux lèvres.

Il est donc tout à fait possible de transporter deux enfants à vélo.

Quand il parle sérieusement, il regarde toujours un peu sur la droite, comme s’il cherchait à convaincre un interlocuteur invisible.

Je tape du plat de la main levée bien haut les petites feuilles vertes sur la plus basses des branches.

Il craint de me lasser en me parlant souvent de son travail mais en vérité je trouve ça fascinant.

Attention, là, il y a des gravillons.

Il ne porte pas de lunettes de soleil alors les rayons lui taquinent les yeux.

Mes paniers manquent d’espace, il me faudrait des sacoches latérales.

Ça lui donne une expression perpétuellement perplexe.

Je vais vite ! Je vais vite ! je vais troooop vite !

Parfois je sors une vanne énorme, juste pour l’entendre éclater de rire.

Ils changent les pavés de la Grand’Rue c’est tellement plus confortable sous les roues.

Très curieusement, ses fautes de participe passé m’attendrissent.

Je ne roule sans les mains que sur certains morceaux.

Par contre ça me dérange quand il me frictionne en passant le bas du dos, un genre de geste conjugal. (c’est dit, j’osais pas :X).

Je souris aux autres cyclistes, par connivence.

Mais j’aime beaucoup qu’il perce à jour avec malice mes excès de futilité.

Je suis contente que tu aies acheté un vélo. Le printemps est plus joli à quatre roues.

Ecouteurs en croix

Ce matin, 10h, il y a des corbeaux pingouin sur le campus, c’est la journée de l’entrepreneuriat (je pensais que ce mot s’écrivait entreprenariat mais après l’avoir entré 50 fois dans ma base de données pour mon TP  de Gestion Électronique des Documents ) (j’adore comme l’intitulé de ce module sonne 80’s) (on travaille sur Minitel) (j’ai finalement intégré la bonne orthographe) et donc les étudiants en Techniques de Commercialisation, fidèles à l’affiche chatoyante de leur département se distribuaient des petits fist fucking cordiales poignées de mains de vendeurs en arborant leurs plus beaux costumes.

Comme me l’a fait remarquer un de mes petits congénères étudiants sur le parvis du département à 10h05, alors que j’allumais la dernière cigarette avant d’entrer en cours, moi, tout ces costards, ça me fout mal à l’aise. Totally.

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Un jour je le quitterai

Celà fait quelques mois qu’on se fréquente, et force est de constater qu’on n’est pas très en phase en ce moment.

Il déraille un peu depuis cet hiver il est souvent mal luné, malade, fatigué, foutu, rouillé. Il va très souvent chez le docteur, ça coûte des sommes de plus en plus conséquentes, au regard de ce que j’ai investis en lui, alors que j’étais moi même dans le besoin lorsque nous nous sommes trouvés.

Du coup, j’éprouve en ce moment pour lui un mélange d’agacement, de mépris, de commisération, et d’indifférence.

Ca ne m’est jamais arrivé avec un autre. Je les ai tous aimé, même aux pires moments.

Je sais ce qui se passe.

J’ai quelqu’un d’autre en tête.

Je l’appelle Jules. Il est hollandais. Il est tout ce dont je rêve.

Si j’avais attendu quelques semaines avant de me mettre à la colle avec mon actuel, si j’avais été plus patiente, plus raisonnable, c’est lui que j’aurai choisi.

Je ne peux pourtant pas rompre. Pas maintenant. J’ai besoin de lui tous les jours. Il faut que j’attende l’accident, l’irréparable, la nécessité.

Alors, nous ferons route ensemble.

Et j’oublierai BikounetIII, ce modèle cheap de chez Go Sport.

La reine des neiges

Cette température me plait infiniment.

A la maison, avant de partir, on sort le plan anti froid, qui se révèle particulièrement agréable.

Levée plus tôt à cause du soleil, on se mitoufle dans un grand plaid, et on sautille jusqu’à la cuisine pour se réchauffer. On mange plus que d’habitude, on fait le plein de céréales, de confitures, de thé brulant, de vitamines.

Dans la salle de bain, on savoure les joies de la douche écossaise : bien chaude d’abord, pour se détendre, et un jet d’eau froide pour terminer, sortir de la douche en piaillant, et savourer la chaleur de la pièce. Ensuite, on prend le temps d’étaler sur sa peau écrevisse une crème hydratante très riche, très onctueuse et très parfumée. On s’enveloppe dans des matières chaudes, douces et nobles. Du thermolactyle, de la soie, de la laine, du coton doublé velours, du cuir fourré.

Quand on met le nez dehors, on dirait que tous les miasmes sont morts, que la pollution s’est évaporée (comme mon manteau :-/ ). L’air urbain est pur, vif, bleu mentholé, et il pique l’intérieur du nez. Le givre sur les arbres scintille, et le gel sur le sol crépite comme les feezz en poudre qu’on mettait sur la langue quand on était petits.

Les piétons marchent lentement, sous le prétexte d’une plaque de verglas, en fait pour admirer la ville blanchie. Les automobilistes font du surplace, les conductrices en profitent pour se remaquiller, les conducteurs tripotent leur téléphone, jouent au Tétris au volant, ou surfent sur le wap. J’en ai vu un, garé sur le bas coté, confortablement enveloppé dans une couverture, qui lisait les DNA en attendant que la circulation se fluidifie.

Pourquoi se presser, puisque de toute façon, notre patron lui même sera coincé dans les embouteillages ? Seuls les cyclistes, bravant les températures soviétiques de la capitale européenne, osent tenter des records de vitesse sur piste cyclable figée dans la glace.

Quand on arrive au , on nous acclame, on nous félicite, on nous admire. On nous offre une tasse de café.

On se sent très Reine des Neiges.